C’est un petit carnet que l’on glisse précieusement dans son sac avant de s’envoler à l’autre bout du monde. Pas question de l'oublier sous peine de voir le voyage s'arrêter net à la porte de l'avion... Pourtant, dans les files d'attente des aéroports internationaux, ce détail vous a probablement sauté aux yeux : sur les 199 pays de la planète, tous les passeports arborent uniquement 4 couleurs : rouge, bleu, vert ou noir. L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) impose des règles strictes sur la taille et le format, mais laisse le choix de la teinte aux États. Et ce choix ne doit rien au hasard.

La couleur de passeport la plus répandue sur le globe est le rouge, sous toutes ses nuances (bordeaux, carmin, rubis). Cette couleur est le symbole d'une appartenance politique ou historique forte, héritée notamment des anciens pays du bloc communiste comme la Russie ou la Chine.

C'est le choix de la majorité des pays de l'Union européenne. En 1981, la CEE a mis 6 ans de pourparlers houleux avant de s'accorder sur la couleur "vin". A l'époque, les Britanniques voulaient imposer du lilas avant de céder face aux Français. Pour des pays comme la Turquie, la Bolivie ou la Colombie, adopter ce rouge bordeaux a été un choix stratégique pour afficher leur volonté de se rapprocher ou d'intégrer la communauté européenne. D'autres jouent la carte identitaire, comme la Suisse et son rouge vif assorti à son drapeau.

Passeports biométriques de différents pays. © mehaniq - 123RF

La deuxième couleur la plus fréquente est le bleu, qui incarne le "Nouveau Monde" et les alliances économiques. Les États-Unis l'ont adopté en 1976 pour leur bicentenaire, remplaçant le vert de l'époque. On retrouve cette teinte dans les pays du Mercosur (Brésil, Argentine) et de la communauté caribéenne pour marquer leur coopération commerciale, mais aussi au Canada, en Australie et au Royaume-Uni, qui a symboliquement abandonné le rouge européen après le Brexit pour revenir à son bleu marine historique. Seule exception poétique : les îles Fidji, qui ont choisi un bleu turquoise en référence à leurs lagons.

Viennent ensuite le vert et le noir, qui répondent à des logiques religieuses ou nationales. Le vert domine dans les pays musulmans comme l'Arabie saoudite, la Mauritanie, le Maroc ou le Pakistan, car il est traditionnellement associé au prophète Mahomet.

Enfin, le noir est la couleur la plus rare de toutes. Elle est utilisée par certains états africains comme l'Angola et le Congo, mais reste la signature officielle de la Nouvelle-Zélande, dont c'est la couleur nationale. La Norvège, elle, casse les codes : si le passeport citoyen est rouge, celui des immigrés est blanc et celui des diplomates est turquoise.

Au-delà du symbole, le choix des teintes sombres fait plus "officiel" et les couleurs se salissent moins et font ressortir les inscriptions dorées imprimées. Surtout, elles rendent la falsification beaucoup plus difficile. Votre passeport n'est donc pas qu'un simple titre de transport : c'est un message "silencieux" envoyé aux douaniers du monde entier !