Avoir un accès Wi-Fi stable en plein vol, alors qu'on est à plus de 10 000 mètres d'altitude, a longtemps été un vrai casse-tête pour les compagnies aériennes. Pour y parvenir, les ingénieurs devaient comprendre pourquoi le signal internet changeait constamment d'un siège à l'autre. La solution qu'ils ont trouvée est pour le moins surprenante.
Le gros problème dans un avion, ce n'est pas la structure de l'appareil mais le corps humain. Composé en grande partie d'eau, il absorbe et réfléchit les signaux électromagnétiques. Le moindre mouvement des passagers ou du chariot de service qui passe dans l'allée modifient la couverture Wi-Fi. Résultat, certaines zones se retrouvent sans réseau.
Pour cartographier ces perturbations, les chercheurs de l'américain Boeing devaient tester la connexion avec un avion plein. Mais mobiliser des dizaines de volontaires pendant des semaines posait des contraintes logistiques et des coûts immenses. Ils ont donc cherché un matériau capable de réagir comme un vrai corps humain face aux ondes : c'était la pomme de terre ! Avec sa teneur en eau proche de 80 %, ses propriétés diélectriques reproduisent quasi à l'identique l'impact d'un corps humain sur les ondes sans fil.
L'expérience, baptisée projet SPUDS (Synthetic Personnel Using Dielectric Substitution), s'est déroulée à bord d'un avion hors service et on peut la retrouver dans le reportage officiel de l'époque publié sur le YouTube de Boeing. Les équipes y ont installé des sacs remplis de pommes de terre sur tous les sièges. Pas moins de 9 tonnes de pommes de terre ont été positionnées dans l'avion. Ce dispositif a permis d'effectuer des relevés continus de la propagation du signal, sans interruption qui aurait pu être causée par des passages aux toilettes, ni variation liée à la fatigue des volontaires.
Les données collectées ont permis de régler le positionnement des antennes et d'obtenir un réseau stable partout dans la cabine, tout en respectant les normes de sécurité aérienne. En plus, le gain de temps a été énorme : les tests qui prenaient deux semaines ont été bouclés en seulement 10 heures.
L'histoire retiendra donc que c'est grâce à 9 tonnes de patates que Boeing a réussi à poser les bases du Wi-Fi moderne dans les avions, prouvant qu'une idée simple, voire farfelue, peut régler un problème technique considérable...