De l'école primaire au lycée, les élèves parcourent les grandes périodes historiques et apprennent à replacer les principaux événements dans le temps. Ces enseignements pourraient cependant être complétés par une discipline encore peu mise en avant : la généalogie, qui se consacre à la recherche des liens de parenté et à la filiation des personnes. Le mot "généalogie" ne figure, en effet, pas comme tel dans les programmes scolaires, rappelle Evelyne Duret, présidente de l'association Les jeunes et la généalogie, qui cherche à faire découvrir cette pratique aux enfants. 

Certains thèmes permettent néanmoins de l'aborder indirectement. "En EMC, il y a le thème de l'identité : qui suis-je, qui sont mes parents, pourquoi je porte ce nom-là ou pourquoi j'ai ce prénom-là ?", explique-t-elle à Linternaute.com. La généalogie peut également être reliée à l'histoire contemporaine, enseignée notamment en CM2, en troisième et au lycée. Elle croise ainsi plusieurs matières déjà présentes à l'école. Elle peut faire appel à l'histoire, mais aussi à la géographie, lorsqu'il s'agit de retracer des déplacements de population, ou à l'enseignement moral et civique, à travers les questions d'identité et de transmission.

Si cette pratique reste rare en classe, cela pourrait notamment s'expliquer par la prudence des enseignants. "A notre avis, c'est que chez les professeurs, et j'en faisais partie auparavant, on a peur que l'on puisse dire que l'on s'immiscerait dans l'histoire de la famille, et que cela n'est pas du ressort du professeur", avance Evelyne Duret. Pour contourner cette difficulté, l'association Les jeunes et la généalogie propose de travailler sur des personnages historiques ou des familles célèbres plutôt que sur les ancêtres des élèves. Cette méthode permet, tout de même, d'initier à la généalogie.

Il peut cependant y avoir un autre frein : les parents. Si cette situation reste assez rare, certains ont refusé que leurs enfants participent à ces ateliers pédagogiques proposés dans les écoles. "Tous les ans, il y en avait quand même un ou deux. Des parents qui ont peur", nous a confié François Baron, vice-président de l'association. 

La généalogie au service des cours d'histoire

Pourtant, la généalogie dans le cadre scolaire peut être très bénéfique pour les élèves. Selon Evelyne Duret, la généalogie peut permettre de relier des événements historiques à une "dimension humaine". "Admettons, on étudie la Première Guerre mondiale. Bon, c'est ancien, il y a eu plein de morts... Mais si on se dit qu'en fait mon arrière-grand-père, il y était et il l'a vécu, ça donne une dimension humaine à des phénomènes qui, sinon, nous dépassent un peu", défend-t-elle.

Un point de vue partagé par Tony Neulat, directeur expérience client de la plateforme Geneanet : "A travers la généalogie, on revit les cours d'histoire qu'on a appris à l'école de manière très concrète et tangible. Ce n'est pas tant de millions de morts pendant la Première Guerre mondiale, c'est qu'on voit que dans une fratrie, dans une famille, il y a 3 garçons sur 5 qui ont été tués pendant la Première Guerre mondiale. Tout ce qu'on apprend en histoire qui peut être un peu impersonnel et abstrait devient tout de suite très concret, très personnel et très tangible", nous a-t-il détaillé, tout en confirmant l'intérêt prononcé des nouvelles générations pour la généalogie. "Cela permet de voir la grande Histoire à travers la petite histoire", résume-t-il. 

À défaut de la pratiquer en classe, les parents peuvent initier leurs enfants à la généalogie de manière très simple. Parler des grands-parents est un premier pas, tout comme les inciter à partager avec leurs aînés. Cela peut se faire autour d'objets du quotidien, de recettes de cuisine, d'albums photos... Il suffit de partir de choses simples. "Ca peut être le téléphone. Quand une grand-mère dirait : 'moi le téléphone est arrivé dans ma vie, j'avais déjà 50 ans, c'est mon premier téléphone'. Et c'est déjà une entrée en matière", illustre Evelyne Duret.