C'est une musique qu'on entend beaucoup : gare aux écrans ! Pédiatres et enseignants y voient une menace pour l'apprentissage de la lecture, la qualité du sommeil ou les interactions sociales de l'enfant. Si Santé Publique a multiplié les actions de prévention sur les temps d'écran à ne pas dépasser, des recherches sont en cours dans de nombreux pays.
C'est le cas en Finlande où une étude menée par les universités de Jyväskylä et de Finlande orientale vient clairement nuancer le tableau. Les chercheurs en psychologie ont pu s'appuyer sur un suivi pendant 8 ans de l'activité physique et du niveau cognitif de 260 enfants (136 garçons et 124 filles) jusqu'à l'adolescence. Leur comportement a été mesuré dès l'enfance, entre les âges de 6 et 9 ans, et jusqu'à leurs 16 ans.
Ont été étudiés l'activité physique, le temps sédentaire mais sans écran (lecture, dessin, musique...) et enfin le temps d'écran, regroupant la télévision, le smartphone, les jeux vidéo ou encore le temps passé sur un ordinateur. Pour évaluer les capacités mentales et cognitives, les adolescents ont aussi dû passer une batterie de tests mesurant leur attention, leur capacité de concentration, la mémoire, la vitesse de réaction et d'apprentissage. Le test réalisé à l'enfance servait ensuite de point de comparaison au fil des ans.
Les conclusions semblent claires : l'activité physique mesurée par des capteurs n'avait pas d'impact sur les performances cognitives à l'adolescence. A l'inverse, un temps d'écran plus important depuis l'enfance était associé à une meilleure cognition et à de meilleurs temps de réaction dans certaines tâches, comme le travail. Plus précisément, les enfants étaient meilleurs sur des tâches mobilisant la mémoire de travail et la rapidité de traitement. Un constat particulièrement marqué chez les filles. De quoi aller à l'encontre des recommandations et idées reçues sur les écrans ?
Pas forcément, comme le reconnaissent les chercheurs eux-mêmes. "Le point essentiel ici est vraisemblablement le type de choses qu'ils font pendant leur temps d'écran. Les enseignants et les parents devraient encourager les enfants à utiliser les appareils et les écrans de manière à favoriser la pensée active, la résolution de problèmes, la créativité et l'apprentissage", a expliqué Petri Jalanko, auteur principal de l'étude.
En d'autres termes, il y a temps d'écran et temps d'écran : scroller sur un smartphone est très différent de faire des recherches pour un exposé. Les jeux vidéo de stratégie, stimulant la résolution de problèmes ou la création seront plus positifs que des jeux plus récréatifs ou "passifs". Une autre étude publiée dans Jama Pediatrics suggère par exemple que l'usage des réseaux sociaux est associé à de moins bons résultats scolaires ou des comportements agressifs. Les jeux vidéos, selon les usages, peuvent être associés à de meilleures performances d'attention, même s'ils peuvent aussi jouer sur le comportement.
"Nous ne devrions pas considérer le temps d'écran comme uniquement nuisible, mais chercher un équilibre entre l'activité physique et le temps d'écran qui favorise la pensée active", résume donc Petri Jalanko. D'autant que son étude met en avant des associations, sans prouver de causalité et comporte de nombreuses limites : la cognition n'a été mesurée qu'à 16 ans, l'échantillon s'est réduit au fil des années, et ni le sommeil, ni la santé mentale, ni surtout la qualité des contenus n'ont été évalués... Ce n'est pas uniquement parce qu'un enfant est davantage sur les écrans qu'il affiche ensuite de meilleurs résultats. On ne peut pas exclure non plus que des adolescents déjà dotés de meilleures capacités s'orientent vers certains usages numériques plus qualitatifs.