Quatre ans et demi après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, survenue en février 2022, la guerre d'agression continue. Les quelques tentatives de négociations n'ont jamais abouti, un accord étant empêché par des revendications territoriales incompatibles, entre autres.

La Russie, qui avait déjà illégalement annexé la Crimée en 2014, fait de la récupération des régions ukrainiennes du Donbass par les forces russes une condition sine qua non à un accord de paix. L'Ukraine, elle, refuse de céder ces terres au Kremlin. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est toutefois montré enclin à accepter une démilitarisation du Donbass et un retrait des forces ukrainiennes et russes de part et d'autre des frontières du Donetsk et du Louhansk afin de faire du Donbass une zone neutre sous supervision internationale. Une proposition figurant dans le "plan de paix" établi par les Etats-Unis et remanié par Volodymyr Zelensky en décembre 2025, mais à laquelle Vladimir Poutine n'a pas adhéré.

La guerre en Ukraine et la lutte pour le Donbass se poursuivent donc. Ce qu'encourage Keith Kellog, ancien émissaire spécial de Donald Trump pour l'Ukraine, auprès du Kyiv Independent. Selon ce diplomate, le Donbass n'est que le prétexte brandi par le Kremlin pour justifier la poursuite de la guerre et une cession de ce territoire ne permettrait pas un règlement du conflit : "Il ne s'arrête pas là. C'est ça, Poutine".

Pour appuyer sa théorie, Keith Kellog a invoqué le souvenir de l'accord de Munich du 30 septembre 1938, lorsque le Premier ministre britannique Neville Chamberlain avait accepté l'annexion des Sudètes tchécoslovaques par l'Allemagne nazie en échange de la fin de la guerre. "Un an après le jour où il est revenu de Munich, nous étions dans la Seconde Guerre mondiale. Et c'est ce qui m'inquiète : qu'on finisse dans une Troisième Guerre mondiale", a déclaré le diplomate au journal ukrainien. Il est allé jusqu'à faire une comparaison percutante : Vladimir Poutine "est un peu comme Adolf Hitler".

Les paroles radicales de Keith Kellog risquent de trouver de l'écho auprès du public ukrainien. Aligné sur l'idée de Volodymyr Zelensky pour obtenir la "paix par la force" face à l'agression russe, le diplomate était considéré comme un interlocuteur fiable et un allié dans le camp américain lorsqu'il conseillait Donald Trump sur la guerre en Ukraine. Son départ de la Maison Blanche avait entrainé de vraies craintes pour les Ukrainiens. Alors, lorsqu'il encourage l'Ukraine à poursuivre les combats pour conserver le Donbass, il a de fortes chances d'être entendu. D'autant plus lorsqu'il assure que la Russie est loin de la victoire et que Vladimir Poutine "est entre les mains de l'Ukraine" en évoquant les nombreuses pertes russes depuis le début de la guerre. 

Selon le diplomate américain, Vladimir Poutine accuse la perte de 1,2 à 1,4 million de morts depuis le début de la guerre en Ukraine. Un nombre nettement surestimé par rapports aux évaluations occidentales. D'après le Center for Strategic and International Studies, la Russie aurait perdu au total, c'est-à-dire en comptant les morts, les blessés et les disparus, environ 1,4 million de soldats entre février 2022 et juin 2026. Parmi ces pertes, 450 000 soldats seraient morts.