Sur les hippodromes, "Cheonhaengchat" était une valeur sûre. Âgé de cinq ans, ce cheval de course sud-coréen a participé à quarante courses entre 2023 et le 11 juillet dernier, empochant au total 150 millions de wons selon la presse coréenne (plus de 92 000 euros). Cinq jours après sa dernière course, le 16 juillet, le crack prenait officiellement sa retraite.
Sur le papier, son avenir semblait tout tracé. Les documents administratifs indiquaient que l'animal serait désormais destiné à l'équitation de loisir. Une reconversion présentée en Corée comme la voie royale pour les chevaux quittant la compétition. Selon les chiffres officiels, 1 156 chevaux ont pris leur retraite en 2024, dont 545 reconvertis pour l'équitation, soit un taux de reconversion de 47,1 %. Un indicateur présenté comme un succès de la politique de bien-être animal.
Mais ces données reposent sur un maillon fragile : la déclaration du seul propriétaire. En Corée du Sud, où le sujet est en train de monter dans l'opinion publique, aucune vérification n'est faite sur la localisation ou même la survie de l'animal. Le cas de Cheonhaengchat n'est pas isolé : le 17 avril, une association s'est rendue dans un haras censé abriter 156 chevaux retraités enregistrés, sans en trouver aucun sur place.
C'est d'ailleurs ici que le sort de Cheonhaengchat a basculé. Selon le quotidien Hankook Ilboe, le 31 juillet, deux associations ont ainsi découvert avec lui quatre chevaux de course retraités dans une ferme où était pratiqué un abattage clandestin et où gisaient des carcasses. Après l'insistance des militants, tous les animaux ont finalement été secourus.
Pour Kim Ran-young, présidente de Jeju Vegan, l'une de ces associations, ces statistiques trompeuses masquent la réalité. "Le taux de reconversion à l'équitation des chevaux de courses est présenté comme un succès de la politique de bien-être des chevaux retraités", dénonce-t-elle, estimant que ce chiffre devrait être considéré "non pas comme un taux de reconversion, mais comme un taux de déclaration d'usage équestre au moment de la retraite". L'association a demandé un contrôle plus large.
Du côté de la fédération locale de courses hippiques, on renvoie la responsabilité aux propriétaires, l'organisme estimant n'avoir "aucun pouvoir légal d'intervenir directement". En France, il n'existe pas non plus de contrôle des pouvoirs publics garantissant qu'un cheval de course réformé n'ira jamais à l'abattoir. Le système repose également sur la traçabilité administrative et des contrats d'interdiction d'abattage et de consommation humaine. Mais un réseau de reconversion et de suivi par les associations existe, comme l'explique la Fédération nationale des courses hippiques.
France Galop met en avant pour sa part une "protection administrative" des chevaux lors de la sortie définitive de l'entraînement, avec une traçabilité des chevaux réformés. Dès 2007 la société a créé un Fonds de reconversion, financé notamment par une contribution sur les gains de courses et travaille avec la Ligue Française pour la Protection du Cheval pour l'hébergement de chevaux à la retraite et "Au-Delà des Pistes", association spécialisée dans la reconversion des pur-sang et anciens galopeurs, dont les structures sont inspectées et agréées.