C'est un basculement inédit dans l'histoire de l'espèce humaine. Selon de récents travaux en économie et en démographie, l'humanité serait désormais passée sous le seuil de renouvellement des générations. Ce phénomène mondial, d'une rapidité inattendue, bouscule les prévisions des décennies passées et remet en cause le modèle économique global.

IL était jusque-là admis qu'à peine un ou deux centièmes d'enfant par femme séparaient l'indice de fécondité mondial du niveau théorique de remplacement. Fixé en moyenne à 2,2 enfants par femme à l'échelle de la planète pour compenser la mortalité infantile, ce seuil n'est plus garanti.

Dans leur étude publiée le 10 août 2026, intitulée Terra Incognita : The Economics of a Shrinking World, les économistes Jesús Fernández-Villaverde et Patrick Norrick démontrent que l'humanité a vraisemblablement franchi ce cap, estimant le taux actuel réel aux alentours de 2,19 enfants par femme.

Jamais auparavant, y compris lors des pires épidémies ou des conflits mondiaux, la fécondité globale n'était tombée aussi bas, indiquent les démographes. Les auteurs avancent qu'aucune explication claire et unique ne permet de comprendre le phénomène.

Les chercheurs pointent tout de même quelques facteurs d'explication de cet effondrement, sur les transformations des sociétés modernes. Les systèmes de retraite et de santé publique ont progressivement remplacé la solidarité intergénérationnelle. Avoir des enfants n'est plus perçu comme une nécessité pour assurer ses vieux jours, résument-ils.

Parallèlement, la hausse du coût de la vie dissuaderait les familles d'agrandir leur foyer. Les auteurs mettent en exergue un élément statistique venant appuyer cette thèse : aux États-Unis, la relation historique entre revenu et fécondité s'est inversée, les ménages aisés ont désormais plus d'enfants que les classes populaires, étant les seuls à pouvoir assumer les coûts d'éducation.

La chute semble aussi traduire un changement profond des aspirations, de manière assez spectaculaire. En Chine, par exemple, les enquêtes de la China General Social Survey révèlent que la part des 18-24 ans ne souhaitant aucun enfant est passée de 5% en 2012 à 32% en 2023. Le phénomène ne concerne plus seulement les pays riches comme en Asie la Corée du Sud, le Japon ou en Europe. En Afrique subsaharienne, le déclin s'accélère : au Congo, le nombre d'enfants par femme est tombé de 5,1 à 3,5 en dix ans.

Le consensus démographique anticipait une stabilisation générale autour de deux enfants par femme. Or, comme le soulignent les travaux du chercheur Nicholas Eberstadt et les projections publiées dans The Lancet, la décrue se poursuit sans signe de rééquilibrage.

Cette baisse prolongée de la démographie n'est pas sans conséquence sur notre modèle de développement économique actuel : toutes choses égales par ailleurs, elle menacerait la croissance future, l'innovation et la capacité des États à financer les systèmes de retraite et la protection sociale.