Au sud-est de l'Angleterre, une équipe d'ingénieurs de l'Université du Surrey a lancé un test assez ambitieux qui devrait faire parler au-delà des frontières du pays : ils ont mis en place un dispositif expérimental pour tenter de résoudre le problème des nids-de-poule, véritable fléau des routes britanniques. Financé par la Royal Academy of Engineering et le conseil de comté du Surrey, ce projet baptisé "Thermo-active Roads" consiste à capter la chaleur accumulée par le bitume en été pour l'envoyer à 100 mètres sous terre, avant de la restituer en hiver afin de préserver l'asphalte du gel.

Supervisés par le Dr Benyi Cao, chercheur en ingénierie géotechnique, les travaux ont démarré en août 2026 sur le campus de Stag Hill, à Guildford. Comme le rapporte le journal The Economic Times, les techniciens ont intégré un réseau de tuyaux en plastique sous la chaussée d'un parking universitaire.

Sur le papier, le principe est simple : en période estivale, l'asphalte exposé au soleil atteint des températures élevées. L'eau mise en circulation sous la surface absorbe cette chaleur et l'achemine vers un forage vertical de 100 mètres de profondeur. Le sous-sol sert alors de réservoir thermique naturel : l'énergie y reste emmagasinée avec une déperdition minime jusqu'à l'arrivée des saisons froides.

En hiver, le mécanisme est inversé : le fluide réinjecte la chaleur emmagasinée sous terre vers le revêtement pour maintenir la chaussée à une température supérieure au point de congélation. L'objectif principal est de neutraliser le phénomène de gel-dégel. En période hivernale, l'eau s'infiltre dans les fissures invisibles du bitume. Lorsqu'elle gèle, son volume augmente, ce qui fragilise la structure. Les passages répétés des véhicules finissent par rompre l'asphalte, provoquant la formation de cavités. Comme le précise The Economic Times, au Royaume-Uni, les dégradations liées aux nids-de-poule représentent un coût de réparation estimé à plus d'un milliard d'euros par an. En maintenant la route hors gel, la structure conserverait son intégrité mécanique tout au long de l'année.

Contrairement à d'autres dispositifs de chauffage d'infrastructures expérimentés par le passé, l'immense avantage de ce projet du Surrey est qu'il s'appuie sur des technologies existantes et accessibles : des tuyaux plastiques standards et des pompes de circulation d'eau.

L'expérience présente un double avantage environnemental : en été, le captage calorifique permet d'abaisser la température de surface de la route, réduisant l'effet d'îlot de chaleur urbain. En hiver, le maintien de la chaussée au-dessus de zéro degré évite l'épandage massif de sel de déneigement, connu pour altérer les sols et les cours d'eau environnants. L'équipe du Dr Nikolas Makasis, co-investigateur du projet, va désormais suivre les mesures des capteurs sous-terrains sur plusieurs saisons. "Ce test nous apportera des preuves concrètes du fonctionnement des systèmes routiers géothermiques en conditions réelles", explique le maitre de conférences sur le site de l'université.