C'est une proposition choc qui devrait faire réagir en France à quelques mois de l'élection présidentielle. Face aux difficultés de l'économie allemande, le président du géant de la tronçonneuse Stihl n'a pas peur de la radicalité. Dans une tribune publiée il y a quelques jours, Nikolas Stihl demande le passage à la semaine de 40 heures sans aucune hausse de salaire. Pour ce PDG, à la tête d'une multinationale, l'"effort collectif" reste le seul moyen d'éviter le "déclin économique" et de financer le modèle social.

Le dirigeant de l'entreprise familiale Stihl dessine un constat alarmant. "La situation de l'économie allemande est grave, très grave. Ces huit dernières années, nous avons perdu environ 15% de notre production industrielle. Mois après mois, l'Allemagne perd environ 15 000 emplois industriels", assure le grand patron, ajoutant : "La condition préalable pour surmonter la faiblesse persistante de la croissance est un meilleur cadre réglementaire".

Pour restaurer la compétitivité du pays, Nikolas Stihl propose d'augmenter le temps de travail sans augmenter la rémunération. Sa mesure phare vise à établir une semaine de 40 heures, alors que la durée légale ou négociée tourne aujourd'hui autour de 35 à 38 heures selon les secteurs. Cette hausse des heures travaillées réduirait directement le coût horaire de la main-d'œuvre. Nikolas Stihl présente cette mesure comme un effort de défense indispensable : "Si nous voulons préserver notre prospérité et maintenir un niveau élevé de prestations sociales, le volume total de travail dans l'économie doit augmenter. Un volume de travail plus important stimule la production économique", assure-t-il.

La feuille de route du dirigeant touche également au fonctionnement de la santé et des retraites. Nikolas Stihl réclame un plafonnement des cotisations sociales à 40% du salaire brut, une limite aujourd'hui dépassée. Il demande aussi la suppression du paiement du premier jour d'arrêt maladie et la fin des certificats médicaux délivrés par téléphone. À cela s'ajoute un allongement de la durée des carrières professionnelles, avec des aménagements pour les métiers pénibles. Selon lui, sans entreprises fortes et compétitives, l'État-providence ne dispose plus des ressources financières nécessaires pour assurer son rôle.

En Allemagne, les réactions n'ont pas tardé. Le puissant syndicat IG Metall, sans surprise, s'offusque de cette proposition. Les représentants des travailleurs soulignent que travailler plus sans gagner plus détériorerait le pouvoir d'achat ainsi que l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée.