Les résultats de l'enquête Pisa 2025, publiée le 8 septembre, ont de nouveau mis en exergue une baisse du niveau des élèves français en maths. Une chute de 16 points a été observée depuis 2022. Les élèves très performants, niveaux 5 et 6, ne représentent que 5% d'une génération. Comment expliquer ces chiffres ?

Mounda Dadaa, responsable du département de mathématiques à l'Efrei, a confié à Linternaute que le problème concerne souvent la maitrise des fondamentaux : des difficultés existent pour "manipuler une fraction, effectuer un calcul algébrique, comprendre une fonction, traduire un problème en langage mathématique ou simplement construire un raisonnement". Pisa révèle aussi que 36% des élèves sont sous le niveau 2, une situation qui pose, selon elle, la question de "la capacité d'un nombre important d'élèves à maitriser un socle minimal de compétences". 

Ces difficultés peuvent apparaitre sur des opérations relativement simples. L'enseignante nous donne l'exemple du calcul : (1/2) + (3/4). Un "calcul algébrique basique" qui passe par un dénominateur commun : 1/2 devient 2/4, ce qui permet de calculer 2/4 + 3/4 = 5/4 = 1,25. Un calcul de ce type est normalement maîtrisé au début du collège.

Pour les générations actuellement scolarisées au lycée, l'addition et la soustraction de fractions dont les dénominateurs sont égaux ou multiples l'un de l'autre faisaient partie des attendus en 6e ou en 5e. Les nouveaux programmes introduisent désormais les additions dès le CM1. Mais, selon les évaluations nationales, à l'entrée en seconde générale et technologique en 2025, seuls 63,9% des élèves ont correctement calculé 4/5 - 1/3. Plus d'un élève sur trois s'est donc trompé ou n'a pas répondu, et 23,3% ont choisi 3/2, en soustrayant directement les numérateurs et les dénominateurs.

Pour Mounda Dadaa, derrière ces lacunes se cache surtout une difficulté à mobiliser ses connaissances lorsqu'un exercice sort du modèle appris en classe. "Un étudiant peut très bien avoir appris une procédure et savoir refaire un exercice lorsqu'il reconnaît le modèle. Mais dès qu'on change légèrement le contexte, il peut être complètement perdu", illustre-t-elle. Or les mathématiques ne sont pas "une collection de recettes" : cette matière demande de comprendre, de faire des liens, de formuler des hypothèses...

Dans le supérieur, ces lacunes se traduisent par des niveaux très hétérogènes avec peu d'élèves qui se situent dans un niveau intermédiaire, constate Mounda Dadaa. Cela ne signifie pas pour autant que les élèves en difficulté sont condamnés à échouer. L'élève doit être accompagné : "Il faut d'abord lui redonner confiance, puis apprendre les fondamentaux, mais pas uniquement sous forme de répétition d'exercices. Il faut progressivement l'amener à raisonner, à faire des liens et à résoudre des problèmes nouveaux", détaille l'enseignante.

Elle estime également qu'il est parfois nécessaire de présenter les mathématiques autrement, pour lutter contre la "phobie" que peut susciter cette matière : il faut la transformer en "espace de recherche, de défi et de créativité". L'objectif : "redonner du sens aux maths" sans minimiser les efforts pour progresser. "On ne nait pas bon ou mauvais en maths, on apprend à raisonner, on apprend à être bon en maths, c'est comme apprendre à faire du vélo", conclut-elle.