Le philosophe espagnol José Antonio Marina est une personnalité très écouté dans son pays, et ce qu'il écrit et dit dans les médias trouvent aussi un certain écho en France. Dans un entretien accordé au média El Confidencial, l'intellectuel remet en question certains aspects de l'éducation moderne, ce qui, forcément, fait réfléchir de nombreux parents. Son message est assez simple finalement : trop d'individualisme et trop de désirs facilement assouvis ne sont pas du tout profitables aux nouvelles générations. Au contraire !

Pour le philosophe, nous avons opéré un glissement dangereux sur la manière de nous satisfaire des choses simples de la vie. Comme si nous avions confondu le bonheur avec le bien-être, et le bien-être avec la satisfaction des désirs, et la satisfaction des désirs avec la consommation. José Antonio Marina insiste particulièrement sur cette erreur pédagogique fondamentale : "La plus grande erreur éducative a été de dire aux jeunes : seul votre bonheur compte, et l'atteindre est très facile".

Et d'insister sur notre tendance à en faire le moins possible, nous comme les enfants : "L'un des bricolages évolutifs de notre cerveau est qu'il est paresseux et que, s'il voit le problème résolu, eh bien il ne fait pas d'effort !" Et de préciser sa pensée : "Si je transmets continuellement à l'enfant le message qu'il a le droit de posséder ce qu'il désire, et en plus tout de suite, sans attendre, et que je ne fais que stimuler ce désir, je ne peux pas lui dire ensuite qu'il doit s'efforcer d'obtenir ce qu'il désire, parce qu'alors il va me rejeter et finir par adopter quelque chose qui lui apporte un plaisir rapide et immédiat", prévient-il.

L'éducation, au lieu de former des citoyens responsables inscrits dans un projet collectif, aurait, selon Marina, créé un égoïsme pas très flatteur. L'écrivain considère ainsi que la modernité a promu les messages du type "Ne t'inquiète pas pour le monde, inquiète-toi pour ton propre bonheur". Ce qui, pour le philosophe, a privé les individus de la profondeur que procure l'engagement envers autrui et le monde qui les entoure, avec des conséquences concrètes : nos enfants risquent d'être vulnérables car incapables de supporter la frustration, le compromis ou l'effort que requiert la vie en société et la réalisation de projets ambitieux.

Le philosophe propose un changement de paradigme dans l'éducation. Pour lui, la quête du bonheur doit être subordonnée à des principes supérieurs, comme l'éthique et la responsabilité collective. Parmi ses préconisations : être concentré sur le développement de "l'attention consciente" malgré les distractions, se concentrer sur la maîtrise de ses impulsions pour gérer la frustration et enseigner à nos enfants de développer une pensée critique, pour qu'il dissocient leur identité des idées débattues.

La réflexion de José Antonio Marina est présentée dans son livre "Le Vaccin contre les addictions" et abordée dans ses interventions publiques, comme le podcast Le Sens de la bière.