Et si les progrès de la science permettait un jour à l'humanité de réanimer les morts ? C'est le pari que font certaines personnes en décidant d'être cryogénisées après leur décès et d'être conservées jusqu'à ce qu'une résurrection soit possible. Cet espoir est partagé par une petite communauté à travers le monde : déjà près d'un millier de personnes ont fait le choix d'être cryogénisées après leur mort, selon les informations du Guardian Australia. Ces adeptes se tournent vers les sociétés ayant créé les six centres de cette technologie existants : deux se trouvent aux Etats-Unis, un en Suisse, un en Chine, un en Russie et le dernier s'est installé en Australie.

Premier centre de cryogénisation de l'hémisphère sud, la société Southern Cryonics s'est installée en Nouvelle-Galles du Sud en 2023. Elle peut actuellement cryogéniser et conserver huit personnes, mais en abrite déjà sept. Les corps sont placés dans de grandes cuves en acier inoxydable divisées en quatre compartiments - chacun pouvant accueillir une personne - et remplies d'azote liquide à - 196°C. Les cuves sont réalimentées en azote liquide toutes les deux semaines ou tous les mois pour compenser l'évaporation du gaz. Ce dernier ne peut être retenu dans une cuve fermée, car il risquerait de faire exploser le récipient.

Les corps cryogénisés sont censés pouvoir être conservés indéfiniment, mais avant d'être congelés ils doivent être traités selon un protocole strict permettant la meilleure conservation possible. Les corps doivent être refroidis aussi rapidement que possible après le décès, puis embaumés pendant plusieurs heures avec des produits comparables à de l'antigel pour être "vitrifiés". Cette procédure permet aux corps d'être protégés des températures extrêmes dans la cuve, explique Southern Cryonics.

Les personnes souhaitant être cryogénisées s'engagent à suivre ce protocole lorsqu'elles payent leur place dans les cuves. Elles sont aussi informées des risques auxquels elles exposent leur dépouille, notamment des dommages physiques potentiellement irréversibles à leur organisme. Surtout, elles sont prévenues du caractère hypothétique de l'expérience et de l'absence de garantie concernant une réanimation. Car si les adeptes croient que le progrès scientifique permettra un jour de réanimer les morts, ils n'en ont aucune certitude. Les chances sont cependant estimées à un niveau assez élevées pour ce qui ressemble à de la science-fiction. Il y aurait "10% de probabilité de revenir à la vie dans 250 ans", selon le patron de Southern Cryonics interrogé par le Guardian : "C'est toujours ça de pris", s'enthousiame-t-il.

Le rêve d'une deuxième vie après la mort a toutefois un coût pour les adeptes de la cryogénisation : plus de 200 000 dollars australiens auprès de Southern Cryonics. Le Guardian écrit qu'il faut compter 60 000 dollars pour la stabilisation et la vitrification du corps, puis 150 000 dollars pour la cryogénisation et le stockage indéfini en plus d'une cotisation annuelle de 350 dollars. Pour financer le processus, la société australienne recommande de souscrire à une assurance-vie de 210 000 dollars, mais tous les assureurs ne suivent pas leurs clients sur ce genre de projet.

C'est donc beaucoup d'argent investi pour peu de chances de réussite. D'autant que les connaissances sur la cryoconservation "ne nous permettent pas, à l'heure actuelle, de préserver un corps entier", explique la professeure agrégée Saffron Bryant, experte en cryoconservation à l'université RMIT de Melbourne, au Guardian. Si la couche externe du corps est en mesure d'être conservée, ce n'est pas forcément le cas des organes en interne. Si les adeptes de la cryogénisation se montrent optimistes, les obstacles à leur résurrection restent nombreux. Il faudra compter sur une technologie très avancée dans quelques siècles pour que le miracle se produise.