L'expression "tous les chemins mènent à Rome" signifie aujourd'hui que plusieurs manières ou méthodes différentes sont possibles pour atteindre un objectif. A son origine, elle évoquait le réseau routier de l'Empire romain. Le point zéro des routes impériales était à Rome au niveau du Milliaire d'or, un monument sur le forum, et ainsi les distances étaient calculées depuis ce point. A son apogée en 117 après J-C, l'empire romain s'étendait sur 5,5 millions de kilomètres carrés et englobait une partie de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. 

Une vaste enquête, récemment publiée dans Nature communications, a été menée par l'université d'Aarhus au Danemark et l'université Queen Mary à Londres qui ont collecté des données sur 300 000 kilomètres de routes romaines pour analyser le réseau. C'est la première fois qu'une étude aussi large est effectuée. Les chercheurs ont rassemblé des données archéologiques et historiques, des cartes topographiques, des images satellitaires... Puis, ils ont calculé l'itinéraire entre les différents points du réseau routier. L'objectif : identifier les routes et lieux les plus importants. L'un des axes principaux longeait la côte à travers l'Afrique du Nord et le Proche-Orient puis allait jusqu'en Europe vers Byzance, devenue Constantinople, actuelle Istanbul. Elle faisait le pont entre les rives européennes et asiatiques. Elle est d'ailleurs devenue la nouvelle capitale de l'Empire romain en 330 sous Constantin 1er. 

Trois autres villes offraient une position plus centrale dans le réseau routier que Rome. Antioche (aujourd'hui Antakya), Ancyre (actuelle Ankara) et Corinthe. Les trois premières se situent actuellement en Turquie et la dernière en Grèce. Elles étaient mieux situées pour les déplacements par voie terrestre. Corinthe reliait la péninsule du Péloponnèse au reste de la Grèce continentale et avait donc un emplacement stratégique pour les échanges régionaux. Ancyre était le carrefour de transport pour toute l'Anatolie. Antioche était au cœur de la voie la plus centrale de l'empire. 

"Tous les chemins mènent à Rome ? Pas vraiment. Rome est idéalement située pour la navigation méditerranéenne, mais pas particulièrement au centre du réseau routier romain. Nous avons constaté que les capitales provinciales étaient exceptionnellement bien situées sur les routes de leur province, ce qui facilitait une administration provinciale efficace et la collecte des impôts", précise l'archéologue et auteur de l'étude Tom Brughmans à Reuters. Cette étude n'enlève pas le statut symbolique de Rome, mais nuance l'idée d'un empire entier construit pour converger vers sa capitale. Sa position géographique au cœur de la Méditerranée était toutefois prédominante pour les échanges maritimes. 

A travers cette étude, les chercheurs ont aussi remarqué que les routes romaines étaient majoritairement droites, sauf en montagne. 90% aurait en tout cas eu une pente maximale inférieure à 16%, un seuil qui est compatible avec des véhicules à traction animale. Ils ont également constaté que le réseau routier romain avait encore une certaine corrélation mesurable avec les infrastructures d'aujourd'hui. Elle est toutefois inégale : "Un excellent exemple est la Via Augusta, qui relie Cadix, dans le sud de l'Espagne, aux Pyrénées. La route passe sous un arc de triomphe appelé l'Arc de Bera entre Tarragone et Barcelone, où l'on peut clairement voir qu'elle suit le même tracé que l'actuelle N-340", a illustré Tom Brughmans auprès de Reuters.