On entend beaucoup de choses sur l'effet des écrans sur les enfants, peinant parfois à démêler le vrai du faux. Une étude publiée dans JAMA Pediatrics apporte de nouveaux éléments de réponse. Les chercheurs ont compilé et réanalysé 23 méta-analyses portant au total sur près de 2,8 millions d'enfants et d'adolescents de moins de 18 ans, issus de 64 pays. Il s'agit bien de l'une des plus vastes études sur le sujet.
Elle s'est intéressée à l'impact d'une exposition plus importante aux écrans, notamment par les jeux vidéo, les réseaux sociaux et le streaming. Le premier constat est que passer davantage de temps devant les écrans est associé à de moins bons résultats scolaires globaux. Les compétences en langage sont particulièrement affectées. En revanche, les chercheurs n'ont pas retrouvé de liens statistiquement significatifs lorsqu'ils ont étudié séparément les résultats en mathématiques, sciences ou lecture.
L'étude montre des effets potentiels dépassant largement le cadre de l'école et touchant le bien-être émotionnel de l'enfant. Les spécialistes observent notamment davantage de problèmes dits "internalisés" comme l'anxiété, la tristesse, le repli sur soi mais aussi "externalisés" tels que l'agressivité ou d'autres troubles du comportement. Des difficultés dans les relations avec les autres enfants sont également associées aux écrans.
Ces impacts sont "d'une ampleur similaire ou supérieure" à d'autres facteurs comme le statut socio-économique, le comportement des parents ou encore la prématurité à la naissance. "Nous avons constaté que, globalement, un temps d'écran plus important était associé à des résultats moins favorables chez les enfants dans plusieurs domaines du développement, notamment leur façon de penser, d'apprendre, de parler, de se comporter et de réguler leurs émotions", résume auprès de CNN Sheri Madigan, professeure de psychologie à l'Université de Calgary et l'une des auteures de l'étude.
Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence. Les corrélations observées sont souvent relativement faibles. Les écrans n'expliquent évidemment pas à eux seuls la détresse émotionnelle des enfants ou les moins bons résultats scolaires. De plus, tous les usages des écrans ne se valent pas et l'âge peut jouer un rôle. "La plupart des associations étaient relativement faibles, comme la plupart des autres prédicteurs du développement de l'enfant, mais faible ne signifie pas sans importance, surtout lorsqu'il s'agit d'une exposition comme le temps passé devant les écrans, qui est quasi universelle dans la vie des enfants", a nuancé la spécialiste.
L'important est surtout de prêter attention à la manière dont les écrans sont utilisés. Il ne faut pas les laisser trop empiéter sur d'autres aspects indispensables au développement de l'enfant : le sommeil, l'activité physique, le lien social ou encore le jeu. La suite des recherches consistera à étudier quels enfants sont les plus affectés par les différentes expériences numériques.