Alors que les Français s'apprêtent à reculer leurs horloges d'une heure dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, une question persiste. En mars 2019, le Parlement européen votait la fin des changements d'heure saisonniers. Sept ans plus tard, la mesure reste pleinement appliquée. Mais pourquoi ?
L'histoire de cette réforme manquée remonte à l'été 2018. À la suite d'une vaste consultation publique organisée par la Commission européenne auprès de 4,6 millions de citoyens, 84% des répondants s'étaient prononcés en faveur de l'abandon de cette alternance. En France, une consultation menée par l'Assemblée nationale avait révélé un enthousiasme similaire, avec près de 84% d'avis favorables à la suppression du dispositif.
Fort de ce constat, le Parlement européen avait validé par un vote solennel le principe d'une abolition définitive, en mars 2019. L'objectif initial prévoyait une mise en œuvre dès 2021, chaque État membre devant notifier son choix entre l'heure d'été ou l'heure d'hiver permanente afin d'assurer une transition harmonieuse sur le continent.
Cependant, ce calendrier ambitieux s'est heurté à une série d'événements majeurs. L'émergence de la pandémie de Covid-19 en 2020 a brutalement réorienté les priorités politiques. Le dossier du changement d'heure, jugé secondaire face à l'urgence sanitaire et économique, a été retiré des ordres du jour prioritaires du Conseil de l'Union européenne.
Par la suite, la crise énergétique et les tensions géopolitiques mondiales ont achevé de paralyser le processus législatif. Faute de temps de débat alloué à cette question technique, le projet de directive est resté consigné dans les cartons des institutions communautaires.
Au-delà des urgences sanitaires, le blocage est avant tout d'ordre diplomatique. Pour que la réforme entre en vigueur, les Vingt-Sept doivent s'entendre afin d'éviter un "patchwork horaire" en Europe. Si la France optait pour l'heure d'été tandis que l'Allemagne choisissait l'heure d'hiver, le fonctionnement des transports transfrontaliers et du marché intérieur serait fortement perturbé.
Or, aucun consensus n'a pu être trouvé entre les pays du Nord et du Sud, dont les besoins en ensoleillement naturel diffèrent. En l'absence d'accord de coordination entre les capitales, la présidence du Conseil européen refuse de réinscrire le sujet à l'agenda. Tant qu'aucune majorité ne se dégage au Conseil pour harmoniser les positions nationales, la directive 2000/84/CE demeure le seul cadre légal en vigueur. Elle contraint la France et ses voisins à basculer deux fois par an entre l'heure d'été et l'heure d'hiver.
En ce mois d'octobre 2026, la règle s'appliquera donc de nouveau. Les Français devront reculer leurs montres d'une heure à 3 heures du matin lors de la nuit du 24 au 25 octobre, prolongeant un système instauré en 1976.