Il lui aura fallu 91 ans pour sentir l'eau de l'océan sur ses pieds. Maria Agalantina, habitante de Póvoa de São Cosme, un petit village du centre du Portugal, a découvert la mer pour la première fois lors d'un voyage organisé du 9 au 11 octobre 2026. Sur la plage de Costa de Caparica, près de Lisbonne, la nonagénaire a enfin pu réaliser un souhait qu'elle avait exprimé avant son départ. "Je veux aller à la plage, entrer dans l'eau et me mouiller les pieds", avait-elle confié, selon la radio locale et le média Sapo. Un moment particulier pour cette femme qui n'avait jamais eu l'occasion de se rendre au bord de l'océan. 

Ce voyage n'a pas été organisé par sa famille, mais par la Fondation INATEL, en partenariat avec Turismo de Portugal, l'organisme national chargé de promouvoir le tourisme. Maria Agalantina habite une localité de moins de 100 habitants située dans la commune d'Oliveira do Hospital. Son village a été retenu dans le cadre du programme "Aldeia dos Sonhos", que l'on peut traduire par "Village des rêves". Pendant trois jours, les habitants ont bénéficié d'un séjour comprenant le transport, l'hébergement et plusieurs activités culturelles, pris en charge par la fondation, selon le Diário de Coimbra.

Le programme leur a permis de découvrir plusieurs lieux emblématiques de Lisbonne et de ses environs. Les participants ont notamment l'Assemblée de la République, le musée consacré aux tremblements de terre et l'Oceanarium. Ils ont également effectué une promenade en bateau sur le Tage avant de rejoindre la plage. Au siège de la Fondation INATEL, un documentaire consacré à leur village leur a été présenté. Pour Celestino Ventura, un autre habitant de plus de 90 ans, le voyage a aussi réveillé des souvenirs de jeunesse. Ayant autrefois vécu à Lisbonne, il s'est rappelé les prunes blanches qu'il cueillait près du parc Eduardo VII, rapporte Rádio Boa Nova. 

Derrière cette initiative se trouve un programme social lancé en 2014 par la Fondation INATEL. Son objectif est de permettre aux habitants de villages comptant moins de 100 résidents de vivre des expériences auxquelles ils n'ont pas toujours accès. L'organisme explique que les difficultés financières, l'éloignement géographique et les obstacles sociaux peuvent limiter les possibilités de départ en vacances. Depuis sa création, le dispositif a notamment bénéficié à des villages situés dans les régions rurales du nord et du centre du Portugal.

Une problématique qui concerne aussi la France. Selon le troisième baromètre des Petits Frères des Pauvres, publié en septembre 2025 avec l'institut CSA, environ 750 000 personnes âgés de 60 et plus se trouvent en situation d'isolement extrême. Cela signifie qu'elles n'entretiennent pas ou presque pas de relations avec leur famille, leurs amis, leurs voisins ou des associations. Le phénomène touche particulièrement les territoires ruraux : dans les communes françaises de moins de 2 000 habitants, 9 % des personnes de plus de 60 ans ne sortent jamais ou moins d'une fois par semaine. 

Les aventures des habitants de Póvoa de São Cosme se sont achevées le 11 octobre, après trois journées de découverte. Mais le programme portugais doit se poursuivre. Dans son magazine de septembre-octobre 2026, la Fondation INATEL a annoncé un premier rassemblement national des villages ayant participé à l'opération.