Depuis plus de trente ans, le violoniste André Rieu (77 ans) joue à guichets fermés aux quatre coins du monde. Derrière ce triomphe se cache son fils cadet Pierre (45 ans), une force de moins en moins discrète... Dans la paisible ville néerlandaise de Maastricht, fief de la famille Rieu, l'héritier de la dynastie n'a pas franchement la réputation d'un enfant de chœur.
Pierre est entré très jeune dans l'entreprise familiale. "J'avais 19 ans quand j'ai commencé dans la société, et mes parents m'ont alors nommé directeur de la technique", a-t-il plusieurs fois eu l'occasion de raconter dans la presse locale. Pierre Rieu gravira ensuite les échelons dans l'ombre, jusqu'à devenir directeur général et producteur des concerts de son père (Marc Rieu, l'aîné, est artiste peintre et semble quand à lui loin de l'entreprise paternelle).
Si la faillite a parfois été proche, le succès est au rendez-vous pour le duo père-fils. Avec 40 millions d'albums écoulés à travers le monde et les revenus massifs générés par ses tournées internationales, André Rieu serait à la tête d'une fortune estimée à environ 25 millions d'euros (ou autour de 40 millions de dollars selon certaines évaluations récentes du patrimoine familial).
Parmi les missions de Pierre Rieu : protéger André, physiquement comme professionnellement, en écartant de lui tout ce qui ne relève pas de la musique. Un rôle aussi stratégique que difficile. "Les jeunes enfants ne devraient pas avoir à s'occuper de leurs parents. Et c'est pourtant ce que j'ai fait", a même confié à la presse celui qui a abandonné ses études de droit et a pu souffrir de problèmes mentaux par le passé. Son père reconnaît que ce partage des tâches est lourd à porter. "Voir grand, c'est mon rayon. Mais être raisonnable, c'est le rayon de Pierre", résume André Rieu dans les rares confidences sur son fils.
Mais Pierre Rieu a sans doute désormais envie lui aussi de briller. Alors que son père possède un vaste empire dans la pierre centré autour de Maastricht, dont le célèbre Huis de Torentjes (ou château de Torrentier), château médiéval de 500 ans où il réside, son rejeton se pique lui aussi d'immobilier. Et aujourd'hui, Pierre Rieu fait parler de lui pour ses initiatives personnelles.
Il a notamment vu se réaliser un vœu longtemps caressé en rachetant, en 2025, l'historique Hotel Derlon. Bâti sur les fondations de l'ancienne église Saint-Nicolas, cet établissement est devenu depuis 1853 un véritable joyau de Maastricht, cité dès 1905 comme le seul hôtel de la ville au guide Michelin. C'est précisément autour de ce bâtiment qu'un conflit a éclaté avec la municipalité.
Pierre Rieu aurait un faible pour ce qui brille et a pris l'habitude de parer la façade de son hôtel de décorations de Noël spectaculaires. Mais le grand nœud lumineux et les bandes de lumière installés irritent fortement la commune. La commission d'esthétique et des monuments, pour qui l'architecture des bâtiments du centre doit rester reconnaissable, a décidé de lui mettre des bâtons dans les roues, estimant que "l'excès nuit".
Convoqué à un entretien, Pierre Rieu aurait refusé tout compromis selon le magazine Story. "J'ai senti monter l'irritation et un peu de colère", a-t-il aussi déclaré à la radio régionale 1Zuid. Et d'ajouter : "On parle d'illuminations de Noël. À mon avis, personne n'en est gêné." Malgré le retrait de milliers de petites lampes rouges, sa seule concession, la commune ne cède pas. Et Pierre Rieu hausse le ton.
"Je ne suis pas quelqu'un de négatif, mais là ça commence à bouillir à l'intérieur. Maintenant ça suffit, j'en ai assez", a récemment lâché le fils d'André Rieu, bien décidé à accrocher ses guirlandes cette année "et à voir ce qui se passe". On saura à l'approche des fêtes si la bataille de Maastricht dégénère ou finit par un traité.