Un petit pain garni de sardines ou de lard pour le dîner, et des churros au petit-déjeuner le dimanche : Carmen Lorea n'a pas renoncé à ses aliments préférés. Cette habitante de Pampelune, en Espagne, a fêté ses 105 ans samedi 31 octobre. Elle aime aussi les croquetas au jambon, les beignets aux crevettes et les figues, dont elle dit pouvoir manger "toute la boîte".
Mais ce qui rythme surtout ses journées, ce sont les sorties avec ses proches. Accompagnée de sa fille Rosa ou de son fils, elle parcourt régulièrement Pampelune lorsque le temps le permet. La Citadelle, le planétarium ou les rues de la vieille ville figurent parmi leurs destinations préférées. Carmen prend le temps de regarder les vitrines et de retrouver le souvenir de commerces disparus. "J'ai la flemme de sortir de chez moi, mais aussi d'y rentrer", plaisante-t-elle auprès du journal Diaro de Navarra. Certaines de ses promenades peuvent se prolonger jusqu'au soir.
Son histoire traverse plus d'un siècle. Aînée de quatre enfants, elle a commencé à travailler très jeune, notamment comme employée de maison, et a vécu à Barcelone. Avec son mari José Elizondo, mort il y a une dizaine d'années, elle a eu trois enfants. Aujourd'hui, elle vit avec sa fille Rosa tout en étant entourée de ses petits-enfants venant lui rendre visite de manière récurrente. Longtemps passionnée de lecture, d'écriture et de mots croisés, elle écoute désormais la radio, sa vue ayant baissé. En parallèle de ces activités, elle prend le temps de suivre les matchs de ses équipes de football favorites : Osasuna et le FC Barcelone.
Cette énergie n'efface pas les difficultés liées à son âge. Il y a cinq mois, Carmen a dû se faire opérer de la hanche, ce qui a inquiété ses enfants au sujet d'une opération et des risques liés à son âge. Selon sa famille, le médecin jugeait ses os et ses tendons suffisamment solides pour intervenir. Finalement, cinq mois après, elle a récupéré, mais elle utilise aujourd'hui un déambulateur à la maison et un fauteuil roulant pour les sorties les plus longues. Elle ne parcourt donc pas la ville à pied sans assistance, contrairement à ce que pourrait laisser penser ses vaillants récits.
Faut-il voir dans ses sandwichs au lard une recette pour vivre centenaire ? Évidemment, rien ne permet de l'affirmer car l'Organisation mondial de la santé rappelle que le vieillissement dépend de facteurs multiples, notamment génétiques, sociaux et environnementaux. Une alimentation équilibrée, une activité physique adaptée et un entourage favorable participent à la santé à un âge avancé. Le parcours de Carmen constitue un témoignage singulier, pas une preuve qu'un aliment ou une habitude explique à lui seul ses 105 ans.
En Navarre, la question de la longévité fait d'ailleurs l'objet de recherches. Le centre public Navarrabiomed recrute, dans le cadre d'un projet baptisé BIOANCIENT, des habitants nés avant 1928 pour étudier les facteurs biologiques et environnementaux associés au grand âge. Pour Carmen en tout cas, les projets restent simples : profiter des visites de ses proches et des churros que son fils lui apporte le dimanche.