Marché de l'art : un nouveau terrain pour les fonds d'investissement

Investir dans l'art sans posséder la moindre œuvre, c'est possible. Des fonds spécialisés ont vu le jour à l'image de celui de la Société Générale. Eclairage.

Un fonds d'investissement dédié à l'art ? L'initiative de la Société Générale Asset Management annoncée début 2008 pourrait surprendre. Pourtant, "c'est British Rail, un fonds de pension britannique qui a créé, dès 1973, le premier fonds d'investissement dans l'art", explique Fabien Bouglé, consultant en gestion de patrimoine artistique chez Saint Eloy Art Consulting. En France, la BNP avait également lancé BNP Art en 1981. "Dans les deux cas, les œuvres ont été revendues dans des conditions de marché difficiles" poursuit le spécialiste. Mais réapparu depuis quelques années, le concept pourrait dorénavant bien trouver le chemin de la réussite.

Un marché de l'art dynamique

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Olivier Maman, gérant du fonds SGAM Art Fund © Société Générale

Preuve en est, le Fine Art Fund mis en place en 2004 par Philipp Hoffman, ancien directeur financier de la maison d'enchères Christie's, a atteint un taux de rentabilité de 36 % depuis ses débuts. "La création du fonds SGAM AI Art Fund de la Société Générale intervient donc dans un contexte intéressant sur le marché de l'art, observe Fabien Bouglé. D'autant que le procédé est innovant". En effet, le fonds repose sur des acquisitions en partenariat avec des marchands d'art, mais aussi sur des achats directs auprès de collections privées ou d'ateliers d'artistes, et sur des opérations d'avance sur vente avec des maisons de vente aux enchères. Le tout dirigé par des gérants de la Société Générale mais également par des historiens de l'art et des collectionneurs confirmés. "Grâce à cette stratégie, nous comptons sur un rendement annuel de 15 à 20 % dans un marché haussier, et de 7 à 12 % sur un marché baissier", précise Olivier Maman, gérant du fonds SGAM AI Art Fund.

Au-delà des promesses affichées par ce nouveau fonds, le contexte général du marché de l'art semble favorable. D'une part, le secteur du luxe connaît un fort dynamisme depuis quelques années, tiré notamment par la croissance dans les pays émergents et la bonne conjoncture des pays développés. "La crise des subprimes impacte peu le marché de l'art, explique Olivier Maman. Ce dernier est soutenu par l'explosion de grosses fortunes sur ces dernières années". D'autre part, on assiste à l'émergence de l'art contemporain et moderne russe et asiatique. Le monde de l'art voit apparaître de plus en plus d'investisseurs originaires d'Asie, du Moyen Orient, d'Europe de l'Est et d'Amérique du sud, ce qui contribue au dynamisme général.

Pas à la portée de tout le monde

Attention toutefois, si ces investissements peuvent convenir à des investisseurs en recherche de diversification, ils sont surtout destinés à une clientèle fortunée. Pour le fonds de la Société Générale, par exemple, la mise de départ est fixée à 125 000 euros. Un budget qui n'est à la portée de toutes les bourses !

"Et le domaine de l'art reste aléatoire et donc risqué, rappelle Fabien Bouglé. Quoi qu'il arrive, pour augmenter ses chances de plus-value, mieux vaut garder les œuvres que l'on détient le plus longtemps possible, et au-delà des 10 ans". Enfin pour bien apprécier la valeur des œuvres, il est conseillé de suivre de près les évolutions du marché de l'art, voire, si vous manquez de temps ou d'expertise, de se tourner vers un expert en gestion de patrimoine artistique.