Le paysage agricole connaît une transformation profonde sous l'effet du réchauffement climatique. Dans le sud-est du pays, particulièrement en Provence, les températures qui grimpent et les épisodes de sécheresse rendent certaines cultures traditionnelles de plus en plus difficiles et poussent les agriculteurs à repenser complètement leurs pratiques.
La Bastidonne, petit village provençal de moins de mille habitants situé dans une région considérée comme particulièrement sensible aux effets du changement climatique, voit ainsi ses agriculteurs s'adapter à marche forcée. Les vignobles, autrefois omniprésents dans le paysage, cèdent progressivement la place à de nouvelles plantations qui auraient semblé improbables il y a encore quelques décennies.
Le retour d'une culture ancestrale témoigne de l'ampleur des bouleversements. Le pistachier, originaire des plateaux iraniens et introduit en Méditerranée par les Romains, avait pratiquement disparu de la région au XIXe siècle. Aujourd'hui, cet arbre robuste retrouve une place de choix dans les exploitations, profitant paradoxalement des conditions climatiques.
Benoît Dufay, agriculteur à La Bastidonne et membre du Syndicat France Pistache, témoigne de l'accélération des changements observés jusque dans la presse internationale : "Depuis 2018, nous avons vu que le climat ici a changé encore plus vite que ce que les scientifiques avaient prédit", indique-t-il au média belge De Morgen. Dans cette région provençale, désormais identifiée comme "point critique du changement climatique", l'adaptation est devenue obligatoire.
Le pistachier "aime le soleil et déteste avoir les pieds mouillés ; un sol sec et rocailleux lui convient donc parfaitement", explique Dufay. Cet arbre méditerranéen apprécie particulièrement l'ensoleillement intense et s'accommode bien du mistral, ce vent puissant et sec, caractéristique du sud-est et souvent redouté pour ses effets destructeurs sur les cultures : "En même temps, il a besoin de vent pour la pollinisation".
Autrefois délétère, cette combinaison de facteurs devient aujourd'hui un atout concurrentiel pour la Provence. "Il y a cinquante ans, cela n'aurait probablement pas fonctionné ici", reconnaît l'agriculteur. L'engouement récent pour la pistache dans l'industrie agroalimentaire y est aussi pour beaucoup. La popularité de produits comme le chocolat fourré à la crème de pistache, largement portée par les réseaux sociaux depuis Dubaï, a contribué à dynamiser la demande pour ce fruit sec aux qualités nutritionnelles reconnues.
Émilie et Fabien sont deux autres agriculteurs qui ont transformé leurs vignobles en plantations de pistachiers. "L'été dernier, nous avons récolté notre première récolte : quatre kilos", confient-ils, une quantité encore insuffisante pour être commercialisée. "La pistache est un investissement à long terme. Il faut compter entre six et sept ans avant d'obtenir une production significative, et ce n'est rentable qu'au bout de dix ou douze ans." Un délai qui reste le principal défi pour cette culture prometteuse, mai aussi pour voir les pistaches françaises envahir nos assiettes. Mais patience.