En France, on connaît Gilles Lellouche davantage pour des rôles dans des comédies ou des thrillers. Mais depuis quelques années, le comédien français de 53 ans se diversifie. D'abord comme réalisateur capable de faire déplacer les spectateurs de tous les âges en salles (L'amour ouf, Le Grand Bain). Ensuite, comme un remarquable acteur de drames. Il l'a prouvé une nouvelle fois au Festival de Cannes 2026 en mai dernier, où il était venu présenter le film Moulin, alors en compétition pour la Palme d'or.

Dans ce film, Gilles Lellouche incarne Jean Moulin, héros de la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale, qui est arrêté à Lyon et torturé par Klaus Barbie avant de succomber à ses blessures, sans avoir parlé. Cette proposition de cinéma est signée par le réalisateur László Nemes, qui s'était déjà fait remarquer par le percutant Fils de Saul.

On doit l'avouer, on n'était, a priori, pas spécialement convaincu par le choix de Gilles Lellouche pour incarner Jean Moulin. D'abord, parce qu'il s'agit d'un comédien beaucoup trop identifiable pour le public français, alors que le héros de la Résistance reste relativement méconnu en dehors de son action lors de la Seconde Guerre mondiale, à l'exception de son iconique portrait. Il nous semblait difficile pour les spectateurs tricolores d'oublier Lellouche sous les traits de Moulin. Ensuite, parce que Gilles Lellouche est un acteur expressif, très à l'aise dans la comédie ou le thriller nerveux. Le drame historique, moins.

Mais l'acteur, connu pour ses rôles dans Les Petits Mouchoirs et Bac Nord, nous a donné tort. Passé un début poussif et démonstratif qui ne permet pas à l'acteur de disparaître derrière son personnage, Gilles Lellouche se révèle très juste dans son interprétation du résistant, d'une retenue désarmante, constamment sur le fil de l'émotion, tout en colère et en peur contenue. L'acteur se révèle particulièrement étonnant, et aurait pu prétendre sans honte à un prix d'interprétation masculine.

En conférence de presse, Gilles Lellouche n'a d'ailleurs pas caché son émotion, avouant que "c'est très compliqué pour un acteur que d'envisager de jouer cet homme là", rappelant la "responsabilité dingue, terrible" du film. "C'est un homme exceptionnel [et à côté], même le cinéma, même le métier d'acteur est idiot, moindre, absurde. Je le pense sincèrement. Tous les jours, chaque scène, chaque moment, je pensais à lui, je regardais le ciel et je me disais 'le calvaire que cet homme a enduré. Je serai jamais à la hauteur de ça'. Donc on envisage ce qu'éventuellement cet homme a vécu [dans le film], mais en vrai, c'est une pâle copie."

Est-ce que c'est la faute de la compétition cette année ou des propos de l'acteur en conférence de presse, qui a refusé de répondre à une question "un peu orientée" d'un journaliste qui lui demandait si LFI était "le meilleur rempart" face à l'extrême droite ? On ne le saura pas, mais Gilles Lellouche est pourtant reparti bredouille du Festival de Cannes. Le jury de Park Chan-Wook a préféré récompenser les deux jeunes acteurs de Les Braves (Coward) du prix d'interprétation masculine. Peut-être que l'acteur français sera en revanche en compétition pour les prochains César.  Moulin, lui, sort au cinéma le 28 octobre 2026.