Presque tous les utilisateurs de Windows connaissent le geste : appuyer simultanément sur trois touches éloignées les unes des autres sur son clavier d'ordinateur, pour le verrouiller, changer d'utilisateur ou ouvrir le gestionnaire des tâches. Cette combinaison a traversé les époques, de MS-DOS à Windows 95, XP, 7, 10, puis 11, devenant un véritable réflexe pour des générations entières.

Pourtant, à l'origine, Ctrl+Alt+Suppr n'avait rien à voir avec Windows ni avec son usage d'aujourd'hui et son histoire fait partie des grandes légendes de l'informatique. La combinaison a été imaginée par l'ingénieur d'IBM David Bradley comme une séquence interne de redémarrage destinée aux programmeurs. Les trois touches, volontairement placées loin les unes des autres sur le clavier, avaient été choisies pour éviter que l'utilisateur ne les enfonce par erreur.

Microsoft a ensuite repris cette combinaison pour lui donner un tout autre rôle : celui de séquence de connexion sécurisée. Concrètement, lorsqu'on presse ces touches, Windows traite la demande en dehors des applications habituelles et affiche l'écran de connexion ou le menu de sécurité. Le but est simple : sans ce mécanisme, un programme malveillant pourrait imiter la fenêtre de connexion pour tenter de voler votre mot de passe. Le raccourci crée ainsi un point de confiance entre l'utilisateur et le système, qu'une application classique ne peut pas facilement imiter.

Aujourd'hui, sur un ordinateur récent, Ctrl+Alt+Suppr ouvre un écran de sécurité offrant plusieurs options : verrouiller le PC, changer d'utilisateur, se déconnecter, modifier le mot de passe ou ouvrir le gestionnaire des tâches. Mais ce que peu de gens savent, c'est que le fondateur de Microsoft lui-même regrette cette combinaison.

Interrogé pour savoir s'il déplorait qu'il faille trois doigts pour verrouiller un PC ou s'y connecter, Bill Gates a admis, lors du Bloomberg Global Business Forum à New York en 2017, qu'il s'agissait d'une erreur. Il s'était déjà exprimé sur le sujet en 2013, à l'Université de Harvard : "Nous aurions pu avoir un bouton unique. Mais le gars qui a conçu le clavier IBM ne voulait pas nous donner un bouton unique", avait-il regretté.

À New York, Gates a expliqué pourquoi la combinaison n'a jamais changé : "Vous ne pouvez pas revenir en arrière et changer les petites choses dans votre vie sans mettre en danger les autres choses." Avant d'ajouter : "Bien sûr. Si je pouvais faire une seule petite modification, j'en ferais une touche unique." David Bradley, lui, avait résumé l'affaire avec humour dès 2001 : "Je l'ai peut-être inventée, mais Bill l'a rendue célèbre." Une remarque qui avait laissé Gates, présent sur scène, visiblement agacé.