La procrastination, cette tendance à repousser des tâches importantes malgré leurs conséquences négatives, touche tout le monde. Selon une étude de l'Institut du Cerveau menée par le neurologue Raphaël Le Bouc et dévoilée en 2022, elle se joue dans une région précise, le cortex cingulaire antérieur, qui arbitre en permanence entre le coût de l'effort et la récompense attendue.
Grâce à l'IRM cérébrale, les chercheurs ont observé que, chez les procrastinateurs, le signal de l'effort s'affaiblit rapidement à mesure que l'échéance s'éloigne : ils perçoivent moins la difficulté d'une tâche future, ce qui facilite son report. L'équipe a même mis au point un algorithme capable de prédire la tendance à procrastiner.
Sur le plan psychologique, les causes sont multiples : peur de l'échec, excès de perfectionnisme, manque de maîtrise de soi, stress ou encore dépression, rappelle le site Psychologue.net. La psychologue Isabelle Carlier ajoute de son côté que les distractions modernes (réseaux sociaux et notifications en tête) rendent la concentration difficile et nous poussent vers les stimuli immédiats plutôt que vers les tâches à réaliser.
Tout se jouerait dans la souplesse avec laquelle notre cerveau réagit à l'inconfort. Car commencer une action, même minime, libère de la dopamine, nourrit la motivation et tend généralement à réduire très rapidement ce désagrément face à l'effort. Mais en évitant la tâche, on évite certes l'effort dans l'immédiat, mais on ne ressent jamais non plus ce signal de récompense. Comme le confiaient des étudiants dans The Conversation en début d'année : "Il est plus facile de ne pas faire le travail" ou "Je suis trop stupide pour comprendre mon cours, alors je ferais mieux d'aller sur Facebook…"
C'est là que la psychologie renverse une idée reçue : la procrastination va bien au-delà que la simple paresse. "La procrastination est un problème de régulation émotionnelle", résume Fuschia Sirois, chercheuse à l'université de Durham, dans Cerveau & Psycho. "Lorsque l'on procrastine, ce n'est pas la tâche que l'on remet à plus tard, mais les émotions négatives liées à celle-ci", précise-t-elle. Mais plus qu'un simple défaut de gestion du temps, ce comportement produit des effets dévastateurs.
La procrastination chronique augmente en effet le stress, abîme l'estime de soi, altère le sommeil et fragilise les relations, entretenant un cercle vicieux de culpabilité. En somme, "le procrastinateur est son pire patron et son pire employé". Mais des recherches récentes montrent qu'elle peut aussi avoir un aspect plus positif. Santé Magazine rappelle par exemple qu'elle peut booster la créativité : selon une expérience du professeur Adam Grant, les idées des procrastinateurs seraient jugées 28% plus créatives.
Pour s'en libérer, mieux vaut en tout cas agir sur ses émotions que sur son agenda : diviser une tâche en petites étapes, réduire l'incertitude en se renseignant, pratiquer l'autocompassion et la pleine conscience... Car, souligne Fuschia Sirois, "la paresse est un terme péjoratif, socialement construit, qui est utilisé pour faire honte aux personnes qui procrastinent et pour les inciter à être plus productives."