Les statines font partie des médicaments les plus prescrits, notamment chez les personnes âgées. D'après l'Assurance maladie, elles se positionnent dans le top 10 des molécules les plus vendues en France en 2025, avec 4 millions de patients concernés. En faisant baisser le taux de cholestérol, leur efficacité pour réduire le risque cardiovasculaire est largement démontrée... mais peu chez les personnes âgées. "La plupart des essais cliniques ont exclu les personnes de plus de 70 ou 80 ans. Par conséquent, le bénéfice des statines en prévention primaire chez les personnes âgées reste incertain", expliquent les médecins du CHU de Bordeaux, qui ont justement mené une étude sur le sujet. Celle-ci a été publiée en juillet 2026 dans The Lancet Healthy Longevity.

L'objectif de cette étude était de déterminer si le fait d'arrêter les statines augmentait la mortalité. Cet essai randomisé a suivi 1 180 personnes âgées de 75 ans ou plus qui prenaient une statine depuis au moins un an et n'avaient aucun antécédent cardiovasculaire. Elles ont été réparties en deux groupes : une partie a continué le traitement, l'autre l'a arrêté. Les participants ont ensuite été suivis pendant trois ans dans des cabinets de médecine générale en France. 

Résultat : l'arrêt des statines n'augmentait pas le risque de mortalité. "Aucune différence significative n'a par ailleurs été observée entre les deux groupes concernant les événements cardiovasculaires majeurs, la qualité de vie ou les événements indésirables graves. Ces résultats suggèrent ainsi que, chez les personnes âgées de 75 ans et plus traitées par statine en prévention primaire et sans antécédent cardiovasculaire, l'arrêt du traitement n'entraîne pas d'augmentation du risque de décès sur trois ans par rapport à sa poursuite", précisent les auteurs de l'étude. Ils se réjouissent que ces "résultats représentent une avancée majeure dans la prise en charge du risque cardiovasculaire chez les personnes âgées". 

Faut-il alors forcément jeter les statines à la poubelle dès 75 ans ? Pas question, et surtout pas sans avis médical, préviennent les médecins. "Ces résultats ne signifient pas que les statines doivent être systématiquement arrêtées après 75 ans", insistent-ils. L'arrêt ou non du traitement doit être une "décision individualisée" et discutée "entre le patient et son médecin, en tenant compte du contexte clinique, des préférences du patient et de l'ensemble de ses traitements".

Ainsi, une personne présentant un risque cardiovasculaire élevé et tolérant bien son traitement pourra avoir intérêt à le poursuivre. À l'inverse, chez une personne prenant déjà de nombreux médicaments, présentant des effets indésirables ou souhaitant réduire son nombre de traitements, l'arrêt pourra être discuté avec le médecin. "Les bénéfices de l'arrêt des statines doivent toutefois être soigneusement mis en balance avec les risques potentiels", insistent les auteurs de l'étude.