Le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est bien connu pour ses signes d'inattention, d'impulsivité ou de difficultés d'organisation. Selon le ministère de la Santé, "environ 2 millions de personnes sont concernées, en France". Le trouble touche près de 5% des enfants et 3 à 4% des adultes dans le monde, avec des diagnostics en forte hausse depuis quatre décennies.

Or, un autre organe que le cerveau pourrait être concerné : le ventre. Les scientifiques évoquent depuis quelques années un "axe intestin-cerveau" reliant la santé digestive aux troubles neurodéveloppementaux. Ce lien est déjà bien documenté dans l'autisme, mais restait peu exploré pour le TDAH. Des chercheurs de l'université de Warwick, en Angleterre, viennent de combler cette lacune avec la première revue systématique consacrée au sujet, publiée dans le Journal of Attention Disorders. Ils ont analysé plus de 9 000 dossiers pour n'en retenir que 23 études, regroupant plus de 1,9 million de personnes âgées de 2 à 65 ans, aux États-Unis, en Suède, en Allemagne ou en Corée du Sud.

"Presque tous les symptômes intestinaux que nous avons examinés … semblaient être associés au TDAH", explique la coautrice Sarah Blake, étudiante en médecine. "Ces symptômes peuvent avoir un impact réel sur la vie quotidienne, mais ils peuvent facilement passer inaperçus si l'on se concentre uniquement sur le TDAH lui-même".

Plusieurs pistes sont avancées, sans que l'étude ne prouve un lien de cause à effet. La dysrégulation émotionnelle et la sensibilité au stress peuvent modifier la sensibilité intestinale. Des repas sautés, des habitudes alimentaires irrégulières ou des hypersensibilités aux textures et aux odeurs, fréquentes chez ces personnes, orientent parfois vers des régimes pauvres en fibres. Les stimulants comme le méthylphénidate provoquent aussi des effets secondaires digestifs, tandis qu'un microbiote intestinal différent pourrait influencer, via le nerf vague, la communication entre l'intestin et le cerveau.

Reste l'ampleur du phénomène, spectaculaire. Les personnes atteintes de TDAH présentent 48% de risque supplémentaire de souffrir de symptômes gastro-intestinaux. Le risque grimpe à 58% pour le syndrome de l'intestin irritable, 88% pour les douleurs abdominales, 97% pour la constipation, et plus du double pour la diarrhée. L'encoprésie, une perte du contrôle des selles, est plus de quatre fois plus fréquente.

"Nous ne pouvons pas encore affirmer que le TDAH est à l'origine de ces troubles intestinaux, ni dire exactement ce qui explique ce lien, mais le schéma est suffisamment frappant pour mériter l'attention", souligne le professeur Saran Shantikumar, qui invite les cliniciens à "leur demander si elles présentent des symptômes gastro-intestinaux, en particulier s'ils peuvent affecter leur qualité de vie".