Sous la surface de cet immense lac français, un décor vieux d'un siècle refait surface à chaque fois que les vannes s'ouvrent. Derrière la légende d'une "cité engloutie", voici ce que cache vraiment ce site impressionnant lorsqu'il se retrouve à sec.

Né dans les années 1930 après la construction d'un imposant barrage en béton de 45 mètres de haut, ce lac artificiel recouvre 304 hectares et contient plus de 50 millions de m³ d'eau. Quand il se vide, le paysage laisse place à un décor lunaire : des ruines oubliées, des rochers à perte de vue et les traces d'une vallée vivante avant son immersion.

Bienvenue au lac de Guerlédan, le plus grand lac d'eau douce de Bretagne, à cheval entre les Côtes-d'Armor et le Morbihan. Lors de chaque vidange, la vallée du Blavet réapparaît avec les vestiges de l'ancien canal de Nantes à Brest : 17 écluses, des maisons éclusières, des abris de carriers et des carrières de schiste. Le fameux "village englouti" n'est donc pas une cité disparue, mais un alignement de maisons en pierre autrefois habitées par les éclusiers et les ouvriers.

A l'origine, la réglementation imposait de vider le lac tous les dix ans pour inspecter le barrage hydroélectrique. Dans les faits, le rythme a vite changé : après les vidanges de 1951, 1966, 1975 et 1985, le lac est resté sous l'eau pendant 30 ans et sa dernière vidange remonte à 2015. En six mois de travaux, la vallée asséchée a attiré plus de 1,5 million de visiteurs venus admirer cette vallée fantôme.

Aujourd'hui, il n'est plus prévu de vider complètement le lac. Les ingénieurs utilisent désormais des robots sous-marins et des technologies d'imagerie avancées pour inspecter le barrage sans retirer l'eau. Il faudra probablement attendre plusieurs décennies avant de revoir la vallée à sec, pour des travaux majeurs.

En attendant, le lac de Guerlédan reste une destination très prisée en Bretagne : on vient profiter de ses quatre plages, louer des kayaks ou faire le tour du lac à pied ou à vélo sur un parcours de 36 kilomètres. La plage de Beau Rivage propose du ski nautique, du paddle ou des balades en bateau. Les anses de Guerlédan, Landroanec et Sordan offrent des coins de baignade plus calmes au bord des arbres.

Les randonneurs pourront quant à eux suivre la boucle de 37 kilomètres du GR341, faisable en une journée pour les plus sportifs, ou en plusieurs étapes au rythme des criques et des sous-bois.

Tout autour du bassin, la région dévoile aussi un riche patrimoine historique. Au bord de l'eau, le hameau de Keriven témoigne de l'époque des mines d'ardoise avec ses maisons en pierre. A quelques minutes, l'abbaye de Bon-Repos du XIIe siècle accueille des expositions d'art, tandis que le site des Forges des Salles permet de visiter un village sidérurgique du XVIIIe siècle intact au cœur de la forêt de Quénécan.