La montagne peut être impitoyable et l'histoire de l'alpinisme est faite d'exploits et de drames. Il y a 90 ans, en 1936, plusieurs alpinistes ont payé le prix fort pour le savoir. En juillet 1936, dix alpinistes allemands et autrichiens ont ainsi convergé vers la face nord de l'Eiger, un sommet suisse considéré comme l'une des faces nord les plus difficiles des Alpes avec le Cervin en Suisse et les Grandes Jorasses en France. Atteindre le sommet de l'Eiger par la face nord a ainsi longtemps constitué un défi inaccessible.

En 1936, ce groupe tente cette première mondiale. Mais avant même le début de l'ascension, l'un des membres du groupe perd la vie lors d'une escalade d'entraînement. Les mauvaises conditions météorologiques poussent d'ailleurs plusieurs autres à renoncer, ne laissant que quatre hommes à tenter l'impossible.

Les quatre hommes qui persistent sont deux Allemands Bavarois, Andreas Hinterstoisser et Toni Kurz, le plus jeune du groupe, et deux Autrichiens, Willy Angerer et Edi Rainer. Après une exploration préliminaire de la partie basse de la face, au cours de laquelle Hinterstoisser chute de 37 mètres sans se blesser, ils lancent l'ascension le 18 juillet 1936. Si la progression est dans un premier temps très rapide, les conditions se dégradent dès le deuxième jour. Les alpinistes sont alors victimes de chutes de pierres, un phénomène courant sur la face nord de l'Eiger.

Le groupe se résoudra finalement à redescendre rapidement à cause de la blessure d'Angerer qui a reçu une pierre sur l'omoplate ne lui permettant pas de continuer. Mais les alpinistes se retrouvent bloqués dans un passage très technique et ne peuvent plus franchir ce passage dans le sens inverse. Épuisé après trois jours d'ascension et deux jours de mauvais temps, Hinterstoisser tente pendant des heures de retraverser ce passage, en vain.

Face à cet imprévu, le groupe décide de descendre en rappel directement le long de la face verticale et établit le contact avec un garde-barrière de la gare d'Eigerwand. Mais alors qu'Hinterstoisser installait le dernier rappel, une avalanche l'emporte brutalement. Angerer est aussi tué de son côté par le choc contre la paroi et Rainer perd la vie, asphyxié par le poids de la corde autour de lui.

Toni Kurz est donc le seul survivant de la catastrophe, maintenu par la corde aux corps sans vie de ses compagnons. Trois guides suisses tentent alors de le secourir depuis la gare d'Eigerwand, mais ne peuvent l'atteindre alors que l'alpiniste allemand est à portée de voix.

Le lendemain matin, les trois guides reviennent malgré les risques d'avalanche. Kurz est toujours en vie après quatre nuits infernales, mais l'une de ses mains et son bras sont entièrement gelés. Il parvient néanmoins à se libérer en coupant la corde sous lui et en laissant tomber le corps d'Angerer.

 Pendant des heures, il tente désespérément de rejoindre ses sauveteurs, pourtant à quelques mètres à peine en dessous de lui, sans y parvenir. Lorsqu'un sauveteur arrive à l'effleurer, Toni Kurz explique qu'il n'en peut plus avant de mourir par hypothermie le 22 juillet 1936. Cette histoire tragique a notamment inspiré le film allemand "Duel au sommet", sorti en 2008.