Faire du sport est une bonne chose pour la santé physique, mais aussi mentale. Chez certains sportifs, l'activité sportive permet de se sentir mieux au quotidien. Du moins, de façon générale, car d'autres personnes vivent très bien sans s'acharner à la salle ni courir tous les jours.
Mais attention, il existe aussi diverses formes de dépendance à l'exercice physique. Si votre préoccupation principale est votre apparence et en particulier la prise de masse constante, la recherche de la perfection via une activité sportive compulsive peut provoquer de l'angoisse, la dépression, dégrader votre vie personnelle et vos relations familiales. Alors il y a peut être un problème dans votre approche. En psychologie comme en psychiatrie, on parle dans ce cas de dysmorphie musculaire.
Ce trouble provoque une perception déformée de l'image corporelle et se concentre parfois sur un défaut totalement infondé ou psychologiquement amplifié à l'extrême. Les personnes touchées ne se voient pas, par exemple, comme suffisamment musclées ou fortes. Associé à une pratique non contrôlée du sport et notamment de la musculation, la dysmorphie peut aussi provoquer des troubles alimentaires.

Pour Icía Nistal Franco, psychiatre pour adultes et enfants/adolescents, exerçant à Vigo en Espagne, on peut associer la dysmorphie musculaire à un trouble mental car "il existe une préoccupation persistante et exagérée concernant la taille/forme du corps, une pensée obsessionnelle d'être musclé et des comportements répétitifs qui interfèrent avec et nuisent à la vie personnelle."
La dysmorphie est "une pathologie multifactorielle qui touche les personnes les plus vulnérables car elles ont une faible estime d'elles-mêmes, sont plus perfectionnistes, ont plus de difficultés relationnelles et une moins bonne gestion de leurs émotions", explique également Robin Rica, directrice de l'unité des troubles alimentaires de l'Institut Centta.
Mais attention, ce trouble n'est pas quelque chose de très commun. Une étude sur les adolescents parle d'un taux de 2,2% chez les garçons et 1,4% chez les femmes. En revanche, chez les adeptes du culte physique comme les bodybuilders et les haltérophiles, on parle de 18,7% selon une autre analyse. "Les populations Bodybuilders et Weightlifers présentent plus de vulnérabilités que les populations générales concernant la Dysmorphie musculaire (Schneider et al. 2016) ainsi qu'un tableau plus important de comorbidités psychiatriques telles que l'anxiété, la dépression, le perfectionnisme et une faible estime de soi (Mitchell et al., 2016)", peut-on lire. Les principales populations exposées sont connues : "La prévalence est de 100% chez les femmes pratiquant le weightlifting et consommant des stéroïdes anabolisants (AAS) et 80% lorsqu'elles ne consomment pas d'AAS (Gruber and pope, 2000)."