C'est l'un des phénomènes marins les plus surveillés d'Europe. Un poisson particulièrement agressif venu d'ailleurs colonise la Méditerranée et sème la panique chez les professionnels de la mer : il s'approche même des zones de baignade touristiques.
Ce poisson possède une mâchoire ultra-puissante capable de trancher du bois, des os et même du métal, détruisant sur son passage les filets et les lignes de pêche. Pire encore, il représente un danger mortel s'il est consommé : sa chair et ses organes contiennent de la tétrodotoxine, une neurotoxine foudroyante sans aucun antidote connu.
En plus de décimer les poissons locaux, ce prédateur peut s'en prendre directement aux humains. Des cas de morsures ont déjà été signalés, notamment près d'Athènes où une baigneuse a dû recevoir des points de suture. Face à cette situation, une mesure radicale a été prise sur place : payer directement les pêcheurs pour éliminer cette espèce destructrice.
Ce redoutable envahisseur, c’est lе poisson-globe à joues argentées (Lagocephalus sceleratus). Originaire de l'océan Indien, il a pénétré en Méditerranée par le canal de Suez et prolifère à cause du réchauffement des eaux. Pour tenter de stopper cette invasion, le gouvernement grec paie les pêcheurs 5,33 euros par kilogramme de poisson-globe capturé, avec des subventions supplémentaires pour le carburant en Crète et dans le sud de la mer Egée.
Ce poisson menace directement l'économie locale de la Grèce, où près de 16 000 personnes vivent de la pêche. Autour de l'île de Milos dans les Cyclades, les professionnels signalent déjà une baisse de près de 40 % de leurs prises de dorades, de mérous et de calamars. Ce système de prime s'inspire d'une initiative déjà testée avec succès à Chypre, qui avait permis de retirer des tonnes de poissons de l'eau. Mais les pêcheurs locaux doutent de l'efficacité à long terme, car la hausse continue des températures attire constamment de nouveaux spécimens.
Le problème s'est désormais déplacé du grand large jusqu'aux zones touristiques. Fin juin, la Croix-Rouge grecque a lancé l'alerte : en cas de morsure, il faut consulter un médecin immédiatement car les blessures sont profondes. Pour protéger les vacanciers, les autorités installent des barrières flottantes et des filets lestés fixés au fond marin, notamment à Chalkis, à seulement une heure d'Athènes.
Ce dispositif de protection, qui s'étend sur plusieurs plages cibles, représente un investissement majeur pour l'Etat grec. Observé pour la première fois dans les eaux grecques en 2005, le poisson-globe étend son territoire vers l'ouest et atteint déjà l'Italie et l'Espagne.