C'est l'un des décors les plus célèbres de la planète : une crique isolée, bordée de falaises calcaires géantes et baignée par une eau turquoise intense. Chaque année, des milliers de touristes s'y pressent pour la prendre en photo. Pourtant, il est interdit d'y poser les pieds : l'accès est bloqué jusqu'au 31 octobre 2026. Pour observer ce paysage de carte postale, il faut rester en haut des falaises sur un belvédère ou regarder de loin depuis un bateau, sous peine de recevoir une amende.
Cette plage mondialement connue, c'est Navagio, surnommée la baie du Naufrage, située sur l'île de Zante en Grèce. Ce qui fait sa popularité, c'est le Panagiotis, un bateau de contrebandiers qui s'est échoué là en octobre 1980. Le problème, c'est qu'après plus de 40 ans dans l'eau salée, le bateau rouille et casse à cause des vagues. Il ne se trouve plus qu'à 25 mètres du bord. Pour éviter qu'il ne disparaisse, le gouvernement grec a pris sa décision : il va agrandir la plage de 30 mètres vers la mer.
Le chantier est colossal. Environ 45 000 mètres cubes de gravier et de sable vont être acheminés par barge sur près de 200 mètres de côte selon Euronews. Ces travaux vont coûter pas moins de 3,9 millions d'euros, et il faudra ajouter 2,5 millions de plus pour la restauration du bateau. Selon une étude citée par le site grec eKathimerini, "le remblayage avec des sédiments appropriés constitue la forme d'intervention la plus douce" pour protéger le navire. Le maire de l'île, Giorgos Stasinopoulos, soutient le projet : "C'est un symbole mondial de notre île, un site naturel et culturel unique que nous devons protéger."
Mais jeter autant de gravier dans la mer inquiète certains spécialistes. Interrogé par le quotidien allemand WAZ, Manolis Vasilakis, géologue à l'Université d'Athènes, s'interroge sur la pertinence de financer le transport de dizaines de milliers de tonnes de matériaux qui risquent d'être "très rapidement emportées par la mer", rappelant que le recul du littoral ne justifie pas un remblayage à telle échelle.
Même si les travaux réussissent à sauver le bateau, une question demeure : les touristes pourront-ils un jour retourner sur la plage ? Rien n'est moins sûr. La plage est fermée car les falaises autour sont dangereuses. L'Organisation grecque pour la protection contre les séismes (OASP) a demandé cette fermeture après plusieurs accidents : un éboulement a blessé 7 personnes en 2018, et un tremblement de terre a secoué la zone en 2022. Les autorités réévaluent la sécurité deux fois par an, mais pour l'instant, la baie du Naufrage reste un décor qu'on ne peut admirer que de très loin.