Il faut remonter 70 ans en arrière pour comprendre l'histoire de Wisdom, un albatros de désormais au moins 75 ans. Le 10 décembre 1956, le biologiste Chandler Robbins a traversé la réserve nationale de faune sauvage de l'atoll de Midway, des îles américaines dans le Pacifique où se trouvent de nombreux albatros de Laysan. Il a alors attaché à certains oiseaux des petites bagues métalliques au niveau de leurs pattes. L'une d'elles était une femelle couvant un œuf, qui a été nommée, par la suite, Wisdom, soit "sagesse".
Cette dernière a été revue 70 ans plus tard : elle est revenue dans la zone pour la saison de la nidification en novembre dernier. Les albatros passent la plupart de leur temps en mer et viennent sur terre pour se reproduire. Cette venue n'aurait pas débouché sur une ponte, selon le refuge de l'atoll de Midway. L'oiseau avait toutefois donné naissance en janvier 2025, un exploit. Elle continue ainsi d'élever ses petits après avoir pondu une soixantaine d'œufs au cours de sa vie et une trentaine ont pris leur envol. Au vu de son âge, elle a eu plusieurs partenaires.
Wisdom est ainsi considérée comme le plus vieil oiseau marin reproducteur, reconnu par le Guinness world records. Elle est aussi le plus vieil oiseau sauvage connu au monde et le plus anciennement bagué. Son âge de 75 ans est minimal puisque les albatros de Laysan ne se reproduisent pas avant 5 ans et la femelle couvait déjà un œuf quand elle a été trouvée par le biologiste. Parmi ceux bagués dans la région, le deuxième plus vieux à 52 ans, donc bien loin derrière. "Wisdom est bien fringante pour une septuagénaire", a déclaré le Dr Jon Plissner, biologiste de la faune du refuge.
Suivie de très près par l'USFWS (U.S. Fish and Wildlife Service) avec la bague Z333, il est estimé qu'elle a parcouru plus de 4 800 000 km. La bague métallique a dû être changée à plusieurs reprises face à l'usure provoquée par le sable corallien et l'eau salée, mais elle est toujours là ! Ce modèle est un vieil instrument : maintenant, ce sont des balises GPS, des satellites et des accéléromètres qui sont utilisés. Ils peuvent néanmoins devenir obsolètes plus vite, notamment lorsque les batteries se déchargent. C'est ainsi le dispositif de suivi le plus ancien en ornithologie.