Le réchauffement climatique mondial constitue la cause principale du recul des glaciers de l'Himalaya. Mais il semble aujourd'hui que la concentration humaine au camp de base népalais de l'Everest génère une pression thermique considérablement nuisible. Situé à 5 364 mètres d'altitude, au pied du glacier du Khumbu, ce site accueille chaque printemps des milliers d'alpinistes et de guides. Une étude s'appuyant sur plus de trente ans d'images thermiques satellites montre que la température de surface du camp augmente plus vite que celle des zones environnantes.
Au fil des décennies, l'alpinisme d'élite a laissé place à une industrie touristique très rentable où les expéditions commerciales facturent leurs prestations plusieurs dizaines de milliers d'euros. Pour répondre aux attentes des clients, les infrastructures du camp de base se sont modernisées. Les campements sommaires ont cédé la place à des tentes chauffées, des douches chaudes, des cuisines équipées et des réseaux de communication alimentés en permanence.
Cette recherche de confort nécessite des quantités massives de combustibles. Comme l'explique le rapport d'activité du Sagarmatha Pollution Control Committe, au cours d'une seule saison d'ascension, la logistique consomme plus de 800 bouteilles de gaz de pétrole liquéfié, près de 19 000 litres de kérosène et plus de 5 000 litres d'essence. La chaleur issue de la cuisson, du chauffage et des générateurs se diffuse dans le sol, entraînant la fonte de millions de kilogrammes de neige et de glace.
Parmi les transferts d'énergie mesurés par les chercheurs figure l'impact de la gestion des déjections liquides. En raison des besoins d'hydratation très élevés, liés à l'altitude, chaque résidant consomme entre 3 et 5 litres d'eau par jour, générant un volume d'urine considérable, vulgarise de son côté Il Messaggero. Si les déchets solides sont de plus en plus évacués de la montagne, les urines ont fréquemment rejetés directement sur le glacier.
Pendant la saison d'ascension de 50 jours, environ 2 000 personnes produisent quotidiennement plus de 6 000 litres d'urine. Expulsé à la température corporelle de 37 degrés, ce fluide transmet sa chaleur au sol gelé. Les calculs thermiques des scientifiques évaluent à environ 154 tonnes la quantité de glace fondue chaque saison sous le seul effet de ce transfert. Même si ce volume reste inférieur à l'impact des combustibles fossiles, il démontre l'effet cumulatif de la présence humaine sur un espace restreint.
La fragilisation locale du glacier du Khumbu pose des problèmes de sécurité majeurs. L'amincissement de la glace déstabilise la structure des séracs et augmente les risques d'avalanches sur les voies d'accès. La fonte accélère aussi le remplissage des lacs glaciaires en contrebas, accentuant le risque d'inondations dans les vallées. Face à ce constat, les autorités népalaises étudient le projet de déplacer le camp de base hors du glacier principal.