Sous l'immense calotte glaciaire de l'Antarctique de l'Est, à près de 4 000 mètres sous la surface, repose le lac Vostok. 250 kilomètres de long, 50 kilomètres de large : cette étendue d'eau douce équivalente à la superficie du lac Ontario est demeurée totalement scellée et coupée de l'atmosphère terrestre depuis au moins 15 millions d'années. Cet écosystème géant, conservé dans une obscurité totale et sous une pression extrême, constitue l'un des milieux naturels les plus isolés de la planète.
L'existence du lac a été subodorée dans les années 1960 par le géographe soviétique Andreï Kapitsa, avant d'être confirmée dans les années 1990 grâce aux relevés radar des satellites de la NASA et aux observations publiées dans la revue Nature en 1996. Au-dessus de cette masse d'eau, la station scientifique russe Vostok effectuait depuis 1970 des forages profonds destinés initialement à l'étude des archives climatiques de la Terre.
En février 2012, après plus de deux décennies de travaux interrompus à plusieurs reprises par des inquiétudes environnementales, l'équipe de recherche russe de l'Institut de recherche arctique et antarctique (AARI) est parvenue à percer le toit de glace à 3 769 mètres de profondeur. Pour éviter de contaminer directement les eaux ancestrales, les scientifiques ont ajusté la pression dans le puits. Cet équilibrage a permis à l'eau du lac de remonter naturellement dans le conduit avant de geler rapidement, formant un bouchon étanche qui a pu être prélevé sous forme de carottes de glace.
L'analyse des échantillons de glace extraits du bas de la carotte a ouvert un champ d'exploration inédit pour la biologie. Une étude génomique publiée par des chercheurs américains dans la revue scientifique PLoS ONE en 2013 a révélé la présence de plus de 3 500 séquences d'ADN uniques. Ces traces génétiques témoignent d'une biodiversité complexe, composée majoritairement de bactéries extrêmophiles, mais également de champignons et d'organismes multicellulaires capables de subsister sans lumière solaire, soumis à une pression 350 fois supérieure à celle de l'atmosphère et à une forte concentration en oxygène.
L'Antarctique compte plus de 145 à 400 lacs sous-glaciaires répertoriés, mais le lac Vostok est de très loin le plus grand et il n'a pas livré tous ses secrets : il demeure en 2026 un modèle d'étude privilégié pour l'astrobiologie, les scientifiques étant fascinés par cet écosystème qui abrite certainement une vie très différente de celle développée ailleurs à la surface de la Terre. Les travaux russes s'y poursuivent, de nouvelles études sont régulièrement publiées.
Les agences spatiales internationales, notamment la NASA et l'ESA, observent aussi de près les conditions environnementales de ce réservoir subglaciaire. Ses caractéristiques extrêmes sont en effet très proches de celles supposées dans les océans sous-glaciaires des lunes glacées du système solaire, à l'image d'Europe autour de Jupiter ou d'Encelade autour de Saturne.