Aux Pays-Bas, les études sur le bien-être au travail s'accordent sur un résultat étonnant : la profession la mieux classée en matière d'épanouissement offre un salaire de démarrage d'environ 80 000 euros par an. Pour des raisons finalement assez évidentes : une rémunération très confortable, une utilité concrète et, surtout, l'impossibilité absolue d'emporter son travail à la maison. Un métier hautement spécialisé qui existe évidemment en France et partage les mêmes critères de satisfaction.

Il s'agit du métier de contrôleur du trafic aérien - ou aiguilleur du ciel. Selon le magazine économique néerlandais Manners, cette activité se hisse régulièrement en tête des baromètres du bonheur au travail. Le volet financier y contribue, bien entendu, d'autant que la rémunération est très élevée dès l'apprentissage : la formation dispensée par l'organisme national Luchtverkeersleiding Nederland (LVNL) est non seulement gratuite, mais rémunérée à hauteur d'environ 2 490 euros brut par mois.

Une fois le diplôme obtenu, le salaire d'un débutant aux Pays-Bas avoisine 80 000 euros brut par an (soit entre 5 500 et 7 100 euros brut mensuels). En fin de carrière, les grilles répertoriées par la Nationale Beroepengids indiquent que la rémunération peut atteindre 14 220 euros brut par mois, hors primes de nuit et de quart.

Au-delà de la fiche de paie, les travaux de l'université Érasme de Rotterdam, qui a mené une robuste enquête sur le bonheur au travail à l'origine de ces classements, expliquent avant tout cette satisfaction par une étanchéité parfaite entre vie professionnelle et vie privée.

Contrairement aux cadres d'entreprise soumis à la charge mentale des courriels du soir ou aux objectifs à long terme, l'aiguilleur du ciel passe le relais à l'équipe suivante et quitte son poste l'esprit entièrement libre. Il n'existe aucun dossier à rapporter chez soi, aucune sollicitation le week-end, ni aucune tâche différée. Chaque journée s'achève sans reliquat.

Ce constat rejoint les analyses françaises sur la qualité de vie au travail. Comme en témoignent une étude de synthèse de la Dares, l'organisme statistique du ministère du Travail, ce qui rend les actifs heureux, c'est le sentiment d'utilité directe et la maîtrise absolue de son temps. Qu'il s'agisse d'artisans (coiffeurs, employés de maison), les métiers "qui contribuent le plus au bien-être psychologique" sont ceux où l'on peut ressentir l'effet immédiat de son action, en grande autonomie.

En France, la profession s'exerce sous le titre d'Ingénieur du contrôle de la navigation aérienne (ICNA). Recrutés sur concours et formés à l'École nationale de l'aviation civile (ENAC) à Toulouse, où ils sont également rémunérés durant leur cursus, les contrôleurs français bénéficient des mêmes atouts qu'outre-Rhin : haute technicité, salaire attractif et déconnexion garantie dès la fin du service.