C'est une petite surprise, que l'on doit à des chercheurs américains de l'université Purdue : les données collectées par le rover Perseverance de la NASA remettent en cause les modèles établis sur l'histoire géologique de Mars. En analysant plus de 185 cibles rocheuses à l'aide de l'instrument laser SuperCam dans le secteur de la "Margin Unit", situé sur la bordure interne du cratère Jezero, les scientifiques s'attendaient à trouver de simples sédiments lacustres. Ils ont découvert des roches volcaniques profondément altérées par l'eau lors de trois événements géologiques distincts.

"Avant d'arriver au niveau de la Margin Unit, l'hypothèse principale issue des données orbitales était que les carbonates s'étaient formés uniquement par interaction avec le lac qui remplissait le cratère Jezero", explique le Dr Candice Bedford, chercheuse à l'université Purdue et auteure principale de l'étude publiée fin septembre 2026 dans Communications Earth & Environment. "Mais nous savons désormais que cet endroit est devenu une sorte de carrefour pour différents systèmes aquatiques."

Comme tente de vulgariser la Nasa elle-même, l'analyse chimique fine montre que les roches magmatiques riches en olivine ont interagi, il y a bien longtemps, avec de l'eau selon une séquence bien précise. Dans un premier temps, des infiltrations d'eau souterraine chargée en dioxyde de carbone ont réagi avec l'olivine en profondeur, formant des filons de carbonate qui serpentent encore aujourd'hui dans la roche. Par la suite, l'eau du lac Jezero a baigné ces formations, laissant des dépôts caractéristiques de silice.

"Certaines roches de la Margin Unit contiennent également de la silice", précise Eleni Ravanis, géologue planétaire à l'université de Hawaï et co-auteure des travaux. "La transformation de l'olivine en carbonate peut libérer de la silice, et nous en observons davantage dans les roches qui se trouvaient sous le niveau de l'eau.". La découverte ne s'arrête pas là : un troisième épisode a vu des fluides chauffés en profondeur par une activité magmatique résiduelle remonter vers la surface, déposant des minéraux comme le sulfate de calcium et la fluorite.

Pour la communauté scientifique, la réunion en un même lieu d'eaux souterraines, d'un lac de surface et de fluides thermaux n'est pas anodine. Et cet endroit précis va sans doute offrir un cadre de recherche d'une richesse exceptionnelle. Il faut dire que la réaction chimique entre l'eau et l'olivine libère notamment de l'hydrogène, un nutriment essentiel pour certains micro-organismes sur Terre. Cette combinaison d'eau, de minéraux et de chaleur renforce le potentiel d'habitabilité de cette zone et fait des échantillons prélevés par Perseverance des candidats prioritaires pour la recherche à venir de biosignatures.

"S'il y a bien une chose que j'ai apprise après dix ans de travail avec les rovers martiens, c'est que Mars vous réserve constamment des surprises", conclut Candice Bedford dans son étude, ajoutant : "Il est très rare que les choses soient conformes à nos attentes orbitales. J'espère que ces travaux aideront à repenser l'histoire de l'eau et l'habitabilité de la jeune planète Mars."