Certains changements de vie sont radicaux. May Lee en a vécu un bien particulier : cette américaine aujourd'hui sexagénaire était responsable marketing et communication chez Hewlett-Packard (HP). Après trente ans de carrière, elle a été licenciée en 2025 alors qu'elle pensait y rester jusqu'à sa retraite. Malgré son expérience, ses recherches dans d'autres entreprises technologiques n'ont pas abouti.
Elle a alors décidé de se lancer dans quelque chose de complètement différent sur les conseils d'une amie. A 59 ans, elle a accepté un emploi en Antarctique en tant que technicienne saisonnière chargée d'approvisionnement à McMurdo, une base américaine qui constitue un important centre logistique.
Ce choix peut paraitre surprenant, mais May Lee avait déjà visité l'Antarctique à deux reprises en tant que touriste et avait adoré ce continent. "Le seul inconvénient était le salaire extrêmement bas. Cependant, mon père m'a inculqué l'importance de l'épargne et de ne pas dépenser l'argent que l'on n'a pas. J'ai donc eu la chance d'avoir une situation financière stable et je n'ai pas eu à me soucier de rembourser un prêt immobilier ou de payer mes factures", a-t-elle raconté auprès de Business Insider qui rapporte ce parcours hors norme.
Dans la station, elle travaillait de 7h30 à 17h30, du lundi au samedi, alors qu'elle était auparavant habituée à des horaires très flexibles. Elle commençait sa journée vers 6h30 avant de rejoindre l'entrepôt à pied. Après un point avec son responsable, les autres employés passaient chercher du matériel. Elle enregistrait ce qu'ils emportaient pour éviter les écarts d'inventaire. Ensuite, l'une de ses principales tâches était de s'occuper des cargaisons aériennes : May Lee réceptionnait les marchandises, les déplaçait à l'aide d'un chariot élévateur et vérifiait que les livraisons correspondaient à ce qui était attendu.
A 11h30 venait l'heure du déjeuner : pizzas, burgers, plats au buffet... Le choix ne manquait pas. A 13h au plus tard, elle repartait travailler. Les conditions de travail sont évidemment particulières en Antarctique : il pouvait notamment y avoir jusqu'à 60 cm de neige devant l'entrepôt. Ce travail était également bien plus physique que son ancien poste de bureau.
Ce que May Lee a particulièrement apprécié durant cet emploi saisonnier, c'est la déconnexion. Avec un accès limité à Internet, ses collègues et elle passaient moins de temps sur leur téléphone. "C'était rafraîchissant, car cela signifiait que personne n'était sur son téléphone. Tout le monde s'assoit et discute ensemble pendant les repas", s'est-elle remémorée. La vie sur la base est même très animée : expositions, danse, marathons ou encore bingo étaient proposés en soirée. May Lee a également participé à une émission musicale hebdomadaire à la radio.
Le samedi soir, les travailleurs pouvaient même aller danser dans les quelques discothèques présentes sur la base. Une sortie assez particulière durant l'été austral quand le soleil ne se couche plus. "Il y a quelques boîtes de nuit, très prisées le samedi soir. Comme il fait jour 24 heures sur 24, c'est idéal pour sortir danser." Le dimanche, c'était repos : May Lee dormait jusqu'à au moins 12h. L'équipe se retrouvait souvent pour le brunch dominical. Généralement, elle profitait de la journée pour préparer la semaine suivante et assistait le soir aux conférences scientifiques.
"Je ne pense pas pouvoir envisager ma vie autrement. La communauté est tellement solidaire. Je n'ai jamais vu une telle camaraderie et une telle ouverture ailleurs… Ma vie n'est pas celle que j'avais imaginée au début de ma carrière, mais j'ai appris qu'il faut savoir s'adapter. On peut toujours se réinventer", a-t-elle expliqué. Après cette première expérience en emploi saisonnier, elle a indiqué qu'elle s'apprêtait à retourner en Antarctique, mais dans un nouveau rôle : ingénieur chargée de la diffusion audiovisuelle.