Le compte à rebours est lancé dans l'océan Pacifique. Selon les dernières prévisions de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), publiées le 8 octobre. El Niño devrait continuer à se renforcer jusqu'en décembre 2026, période à laquelle il pourrait atteindre son intensité maximale. Les scientifiques anticipent une anomalie moyenne des températures de 3,7 degrés dans une région du Pacifique équatorial entre octobre et décembre. Un niveau qui dépasserait largement le précédent record de 2,6 degrés enregistré lors de l'épisode 2015-2016.

Ce réchauffement inhabituel des eaux du Pacifique est à l'origine du phénomène, qui se produit naturellement tous les deux à sept ans environ. En perturbant les vents et la circulation atmosphérique, il modifie les régimes de précipitations dans de nombreuses régions du globe. Mais l'épisode actuel se distingue par son ampleur : les températures océaniques ont déjà atteint des niveaux particulièrement élevés, et les modèles prévoient une nouvelle intensification au cours des prochaines semaines. 

Pourrait-il devenir le plus puissant depuis 150 ans ? L'hypothèse a été évoquée dès juillet par des chercheurs interrogés par la revue scientifique Nature. Elle est désormais renforcée par les dernières données américaines. Le 8 octobre, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) estimait à 83% la probabilité que l'intensité du phénomène, mesurée sur le trimestre octobre-décembre, dépasse celle des précédents épisodes recensés depuis 1950. Le record sur 150 ans reste toutefois une projection : il faudra attendre les observations des prochains mois pour le confirmer. 

Les conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà du Pacifique. Un El Niño intense favorise généralement des sécheresses en Indonésie, en Australie ou dans certaines régions d'Amazonie, tandis que d'autres territoires, notamment en Amérique du Sud et en Afrique de l'Est, peuvent connaître des pluies plus abondantes et des inondations. Ces effets varient selon les régions et ne se produisent pas systématiquement.

À ces bouleversements s'ajoute le réchauffement climatique d'origine humaine. En contribuant à libérer vers l'atmosphère une partie de la chaleur accumulée dans l'océan, El Niño peut accentuer temporairement la hausse des températures mondiales. Selon Météo-France, la combinaison des deux phénomènes augmente la probabilité que 2026 ou 2027 approche, voire dépasse, le record mondial de chaleur de 2024. 

Et en France ? Météo-France souligne que les effets d'El Niño restent moins directs et moins prévisibles dans l'Hexagone que dans les régions tropicales. Certains épisodes sont associés à des débuts d'hiver plus doux et plus humides en Europe de l'Ouest, sans que cela permette de prévoir précisément la météo des prochains mois. Les territoires d'outre-mer sont davantage exposés à ses répercussions. Enfin, même si le pic est attendu en décembre, El Niño devrait rester fort au début de 2027 : la NOAA estime à plus de 83% la probabilité de conditions fortes à très fortes entre janvier et mars.