Les profondeurs océaniques pourraient bientôt livrer de nouveaux secrets. L'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) prévoit de disposer, d'ici à 2028, de 30 flotteurs autonomes Argo Deep-6000, capables de descendre jusqu'à 6 000 mètres de profondeur. Ces appareils doivent rejoindre le réseau international Argo, qui surveille déjà les océans à l'aide de milliers de robots. La France entend ainsi renforcer considérablement ses capacités d'observation des abysses, des zones encore largement méconnues des scientifiques.

Ce calendrier repose sur une première réussite concrète. En janvier 2026, deux prototypes français ont effectué avec succès leurs premières plongées au nord des Antilles. Chacun a réalisé cinq cycles complets jusqu'à 6 000 mètres et transmis ses données par satellite. La France est ainsi devenue le troisième pays, après les États-Unis et la Chine, à concevoir de tels appareils. L'étape suivante consiste désormais à passer de ces premiers essais à une flotte de 30 robots d'ici 2028.

Pour respecter cette échéance, l'Ifremer s'appuie sur l'entreprise bretonne nke Instrumentation, chargée de la fabrication en série. La prouesse est aussi technique : à 6 000 mètres, la pression atteint environ 600 fois celle de la surface. Les ingénieurs ont donc conçu une structure en matériau composite, plus adaptée à ces conditions extrêmes. Chaque flotteur pèse environ 40 kilogrammes et doit pouvoir fonctionner pendant 7 ans sans intervention humaine. Les futurs appareils seront principalement déployés dans l'Atlantique Nord.

Une fois immergés, ces robots suivent des cycles autonomes de dix jours. Ils dérivent avec le courant, plongent dans les profondeurs, puis remontent transmettre leurs observations par satellite. Ils mesurent notamment la température, la salinité, l'oxygène et la pression de l'eau. À partir de 2028, les nouvelles données issues de la flotte française devraient ainsi enrichir celles du réseau Argo et permettre de suivre plus précisément l'évolution des grands fonds, ave la promesse d'en couvrir 98% des fonds.

Ce pourcentage correspond au volume océanique situé à moins de 6 000 mètres de profondeur soit la partie théoriquement accessible aux nouveaux flotteurs. Il ne signifie donc pas que les 30 appareils français auront parcouru ou cartographié 98% des océans en 2028. À terme, la mission internationale Deep Argo vise un réseau d'environ 1 200 flotteurs profonds. 

L'enjeu dépasse largement l'exploration sous-marine. Selon l'Ifremer, environ 10% du réchauffement climatique total des océans se produit sous les 2 000 mètres de profondeur, où les mesures restent insuffisantes. Les données recueillies en 2028 devraient permettre de mieux comprendre la circulation des courants profonds, le stockage de la chaleur et les mécanismes contribuant à l'élévation du niveau de la mer.