Cours particuliers, établissements réputés ou activités extrascolaires, pour donner toutes les chances à leurs enfants, certains parents dépensent des sommes considérables. Pourtant, une autre forme d'investissement pourrait jouer un rôle majeur : le temps consacré à échanger avec eux et la manière de les accompagner au quotidien, à la maison. C'est ce que mettent en évidence Matthias Doepke et Fabrizio Zilibotti dans leur ouvrage "Love, Money and Parenting". Une analyse approfondie publiée en 2024 confirme l'existence d'un lien entre les pratiques éducatives des parents et la réussite de leurs enfants, indépendamment d'une partie des caractéristiques sociales des familles.

Les résultats sont frappants. En étudiant les données de 7 300 Américains suivis depuis leur adolescence, les chercheurs constatent que les enfants dont les parents adoptent un style éducatif à la fois "bienveillant et exigeant" présentent une probabilité d'obtenir un diplôme universitaire supérieure d'environ 12% à celle des enfants dont les parents sont peu impliqués. Cette approche dite "démocratique" repose sur des règles claires, mais aussi sur l'écoute, le dialogue et l'explication des décisions. Il s'agit toutefois d'une association statistique, et non de la preuve qu'un changement d'éducation suffirait à produire le même résultat. 

Les temps disponibles constituent une autre différence entre les familles. Aux États-Unis, les travaux de Doepke et Zilibotti montrent que les parents diplômés du supérieur consacrent environ trois heures supplémentaires par semaine à leurs enfants par rapport aux moins diplômés. En France, une étude de la Drees, publiée en 2013, constatait également que les mères et les pères diplômés du supérieur consacraient davantage de temps aux activités parentales. Mais cette disponibilité ne dépend pas seulement de la volonté des familles mais des horaires de travail, trajets, fatigue ou des difficultés financières limitant aussi les possibilités d'accompagnement.

Cette question prend une dimension particulière dans l'Hexagone. Selon la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), en 2022, 41% des enfants de cadres obtenaient de bons résultats en français à l'entrée en sixième, contre seulement 10% des élèves d'ouvriers. L'enquête PISA de l'OCDE révèle, elle aussi, un écart de 113 points en mathématiques entre les élèves français les plus favorisés et les plus défavorisés, contre 93 points en moyenne dans l'OCDE. Les écarts commencent donc bien avant l'orientation au lycée ou l'accès aux études supérieures. L'environnement familial compte, mais il s'ajoute aux inégalités de revenus, de logement et de ressources éducatives. 

Faut-il alors multiplier les exercices à la maison ? Pas nécessairement. Dans une synthèse des recherches internationales, le Conseil scientifique de l'Éducation nationale souligne l'intérêt des interactions de lecture partagée, des jeux et des échanges réguliers avec les enfants. Des interventions évaluées scientifiquement montrent que ces pratiques peuvent améliorer leur développement cognitif et socio-émotionnel. À l'inverse, les programmes visant uniquement à apprendre aux parents à aider leurs enfants à faire leurs devoirs donnent des résultats moins convaincants. Discuter d'un livre, poser des questions, écouter les réponses ou expliquer une règle peut donc compter davantage qu'une accumulation d'exercices supplémentaires. 

Reste un enjeu majeur pour les élèves français : éviter que la réussite scolaire ne repose davantage sur les ressources de chaque famille. Les chercheurs ne démontrent ni que les cours particuliers sont inutiles, ni qu'une bonne communication familiale peut effacer les inégalités sociales. Leur travail souligne au contraire l'importance des contraintes économiques qui pèsent sur les pratiques éducatives. Cela pose la question du soutien à la parentalité, de l'accès au livre, des services périscolaires et des moyens donnés à l'école pour compenser les différences de départ.