Dans la zone d'exclusion de Tchernobyl, un troupeau de chevaux sauvages, dits "de Przewalski" a été photographié en train de paître paisiblement. Introduits à la fin des années 1990 pour restaurer l'écosystème, ces équidés menacés d'extinction prospèrent dans ce sanctuaire involontaire, défiant les radiations résiduelles.

L'annonce nous vient de la Réserve écologique et de biosphère de Tchernobyl, il y a à peine quelques jours. À travers des clichés pris sur le terrain par le chercheur Oleksandr Muzychenko, les scientifiques ont immortalisé un "harem", c'est à dire la cellule sociale fondamentale chez cette espèce, composée d'un étalon protecteur, de plusieurs juments et de leurs poulains. Les animaux, arborant déjà un épais pelage hivernal, ont été observés en train de s'alimenter dans les plaines réensauvagées.

Cette observation confirme la vitalité du cheval de Przewalski, considéré comme le dernier véritable cheval sauvage au monde, n'ayant jamais été domestiqué. Disparu de son milieu naturel en Asie centrale au cours du XXe siècle, l'animal n'a dû sa survie qu'à des programmes de reproduction en captivité menés par des parcs zoologiques européens avant d'être réintroduit dans des sanctuaires protégés.

L'introduction de ces animaux à Tchernobyl remonte aux années 1998 et 1999, comme l'explique le site de la réserve. À cette époque, 31 spécimens issus de la réserve naturelle d'Askania-Nova avaient été relâchés dans le périmètre des 2 600 kilomètres carrés bouclés depuis la catastrophe nucléaire d'avril 1986. L'ambition des biologistes était double : offrir un vaste territoire à une espèce en danger et utiliser leur pâturage naturel pour contenir la prolifération des broussailles inflammables.

Malgré les pertes initiales causées par le braconnage et la rudesse des hivers, l'expérience est aujourd'hui un vrai succès biologique. En l'absence de toute activité humaine, agricole ou industrielle, les chevaux ont recolonisé les friches et les forêts. La population dépasse aujourd'hui les 130 à 150 individus, répartis en plusieurs groupes autonomes entre l'Ukraine et la Biélorussie.

La prospérité de ce troupeau démontre une étonnante capacité d'adaptation. Si les animaux ingèrent des radionucléides dans l'herbe et le sol, les biologistes constatent que le coût biologique de la radioactivité demeure largement inférieur au bénéfice apporté par l'absence d'humains. Tchernobyl est ainsi devenu le plus vaste refuge involontaire de faune sur le continent.

La guerre en Ukraine a toutefois ajouté de nouvelles menaces. Depuis 2022, les passages de blindés, les incendies déclenchés par des débris de drones et les mines ont causé des pertes directes au sein de la faune.