On entend souvent que la façon de conduire d'un individu reflète sa personnalité. De nombreuses études en psychologie le confirment, d'autant que le fait de se retrouver isolé des autres usagers de la route dans une voiture peut amplifier les traits de caractère du conducteur. Un phénomène de désindividualisation connu sous le nom de "l'effet boîte de métal".

Le comportement des automobilistes quand ils se retrouvent coincés dans un embouteillage serait un des plus révélateurs. Pourquoi certains conducteurs laissent-ils passer les voitures devant eux, alors que d'autres accélèrent ? Selon plusieurs études psychologiques, une partie de la réponse tient au caractère de chacun et va bien plus loin que la simple gentillesse ou que la politesse.

Laisser passer une voiture devant soi relèverait d'un comportement prosocial plus complexe. Plusieurs études (disponibles notamment sur le site ScienceDirect) démontrent que notre décision de laisser passer dépend d'abord fortement de l'image que renvoie le véhicule qui s'insère. Dans un article publié en 2021, des chercheurs ont établi que la courtoisie au volant reposait sur l'idée que les autres conducteurs se comporteront envers nous comme nous nous sommes comportés envers eux. Une croyance que de jeunes conducteurs appellent le "car-karma",  forme de coopération intéressée.

Plus récemment, d'autres études se sont inspirées de la théorie des jeux appliquée à la route, montrant que l'interaction est une négociation implicite continue : les micro-accélérations ou décélérations servent de langage pour décider qui passera le premier.

Mais c'est surtout notre maturité émotionnelle qui serait en jeu. Une étude publiée dans Cottonwood Psychology associe en effet le fait de laisser un tiers s'insérer à une grande maturité émotionnelle, qui se traduit par plusieurs processus psychologiques : choix conscient et délibéré de la patience, maîtrise de soi et maintien du système nerveux stable, décisions basées sur l'équité, conscience du "nous" dans un espace partagé, confiance en soi sans besoin de gagner, résistance à un stress mineur, gentillesse sans gratification... Le tout plutôt que de céder à la poussée de cortisol (l'hormone du stress) provoquée par la confrontation.

Laisser passer une voiture, a fortiori celle (très agaçante) qui s'insère au tout dernier moment tout au bout d'une file, aurait d'autres vertus. Eviter de forcer le passage réduirait les coups de frein à la chaîne. Le principe du "zipper merge", inspiré de la fermeture éclair ("zipper" en anglais) et étudié par les ingénieurs routiers américains, démontre aussi que deux files de voitures roulant à peu près à la même vitesse et s'entremêlant, une voiture de chaque voie laissant passer l'autre à tour de rôle, permettrait de fluidifier le trafic.

Selon une étude de la Missouri University of Science and Technology, l'insertion tardive en bout de voie associée au "zipper merge" serait ainsi la plus efficace pour réduire les bouchons (jusqu'à 40%). Le ministère des Transports du Minnesota affirme de son côté que l'insertion à tour de rôle réduit en outre l'agressivité au volant, et les conflits qui vont avec.