Les jardins français abritent régulièrement une créature qui suscite autant de curiosité que de méprises. Glissant silencieusement entre les herbes hautes, cet animal longiligne et luisant provoque souvent la panique chez ceux qui le croisent, à commencer par les jardiniers, sans qu'ils sachent vraiment à qui ils ont affaire. Il fait même régulièrement l'objet d'une traque acharnée dans les potagers et les espaces verts de l'Hexagone, particulièrement au printemps, lorsque les températures remontent et que la nature reprend vie entre avril et juin. 

Serpent ou verre de terre ? Il n'est pourtant ni l'un ni l'autre et il ne faut surtout pas le chasser si vous le voyez dans vos plantations. Il s'agit en réalité bel et bien d'un reptile, souvent à peine plus gros d'un lombric, mais qui est souvent confondu à tort avec une vipère venimeuse à cause de sa robe sombre. "On dit de lui que c'est un lézard déguisé en serpent", note d'ailleurs Le Figaro, soulignant l'ambiguïté qui entoure cet animal.

Cette méconnaissance généralisée conduit souvent à sa perte, en même temps que le mode de déplacement de ce rampant particulièrement lent. Il ne lui laisse que peu de chances de survie quand l'animal est surpris dans une salade verte et "périt sous le coup d'une pelle", comme le précise Bricoleur Pro. Pourtant, l'orvet commun ne mord pas et préférera fuir quand il est surpris. Egalement appelé orvet fragile (Anguis fragilis), ce lézard sans pattes totalement inoffensif est victime de ses caractéristiques physiques particulières qui alimentent la confusion.

Ce petit orvet mesure entre trente et cinquante centimètres de long et possède des écailles marron gris, virant parfois vers le rouge avec des taches sombres sur son dos. Une apparence luisante et lisse qui, combinée à son corps cylindrique et à l'absence totale de membres, lui confèrent une allure serpentine qui trompe même les observateurs attentifs et explique pourquoi tant de jardiniers réagissent avec crainte et hostilité.

L'orvet s'observe souvent tôt le matin ou en fin de journée, passant le reste du temp à l'abri sous un tas de feuilles, de bois ou de pierres. La LPO précise qu'il "fréquente de nombreux habitats, surtout en plaine : lisières, divers boisements, y compris ceux de résineux purs, le bocage, les haies, les abords de voies ferrées, les milieux rocheux, les friches et landes". Une discrétion naturelle qui le fait souvent passer inaperçu, sauf lors des rencontres fortuites qui déclenchent généralement la panique.

L'organisation de protection des oiseaux confirme au passage que cet animal fait "de plus en plus l'objet de destruction intentionnelle : destruction des haies, friches, bocages ou directement des individus, alors confondus avec des serpents". La LPO ajoute que "sa population semble en déclin en France", une situation préoccupante confirmée par le Muséum national d'Histoire naturelle. A ce titre, l'Anguis fragilis Linnaeus - son nom complet - figure dans un arrêté du 8 janvier 2021, qui liste les amphibiens et les reptiles protégés.

Les orvets fragiles devraient en réalité réjouir les jardiniers. Ils sont souvent un auxiliaire précieux pour les cultures. Ils se nourrissent en effet de fourmis, pucerons, limaces et autres escargots qui sont souvent des destructeurs du potager, ravageurs de salades et de plantes à feuilles tendres. Voilà donc un allié des jardiniers qui ne demande aucune contrepartie et qu'il serait temps de laisser tranquille.