Des millions de marcheurs arpentent les forêts chaque week-end. Au détour d'un sentier, le regard croise régulièrement des arbres marqués de peinture rouge, bleue ou orange. Automatiquement, le cerveau valide l'information : "C'est le chemin, impossible de se perdre". Les randonneurs suivent alors ces repères colorés avec une confiance aveugle. Pourtant, ils commettent une erreur monumentale qui pourrait bien les envoyer droit dans le décor...
Ce que les randonneurs prennent pour des repères de randonnée s'avère être, en réalité, des codes de travail professionnels. Rien à voir avec le balisage officiel des sentiers, comme les célèbres rectangles blancs et rouges des chemins de Grande Randonnée (GR) apposés par la Fédération Française de la Randonnée Pédestre.
Derrière ces marquages colorés, souvent fluo, se cache en réalité l'ONF (Office National des Forêts) ou des propriétaires forestiers privés. Ces marques servent à la gestion des arbres : elles indiquent les limites de chantiers, les spécimens à protéger ou, le plus souvent, les arbres condamnés à être abattus par les bûcherons à la tronçonneuse. En clair, les randonneurs suivent à tort un plan de coupe, pas un itinéraire de promenade !
Le plus souvent, un trait de peinture équivaut à un arrêt de mort ou une consigne technique. Un trait oblique ou point rouge désigne généralement un arbre destiné à être abattu lors de la prochaine coupe (le "martelage"). Si vous suivez ces marques, vous ne suivez pas un sentier de randonnée, mais le parcours tracé pour les bûcherons et les engins de débardage.
Il est bon de connaître les messages secrets cachés derrière ce code couleur officiel de l'ONF. Des marques de couleur chamois entourent souvent des arbres "d'avenir" : ce sont des spécimens d'élite que les forestiers souhaitent protéger et voir grandir (plus spécifiquement et pour l'exemple, les triangles de couleur chamois signalent des arbres morts ou fissurés qui servent de refuges aux oiseaux et insectes). A contrario, les croix rouges ou oranges fluo signalent des arbres dangereux ou malades à éliminer en priorité pour sécuriser la zone. Les lignes horizontales blanches délimitent la zone concernée par les travaux forestiers et les traits verticaux ou chevrons bleus ou blancs matérialisent l'axe de passage des tracteurs et des engins forestiers lourds.
La prochaine fois que vous croiserez ce type de marquage fluo en pleine nature, ne foncez pas tête baissée. Ces codes appartiennent aux forestiers qui protègent nos massifs. Pour éviter de vous égarer hors des sentiers battus, oubliez les traits fluos ou les triangles et fiez-vous uniquement aux petits rectangles de peinture discrets des fédérations de randonnée, ou gardez votre application GPS activée. Suivre le mauvais repère, c'est le meilleur moyen de finir au milieu de nulle part !