L'engouement pour la musculation en salle de sport ne cesse de croître chez les jeunes depuis quelques années, comme le montre la multiplication des salles, dont beaucoup ouvrent désormais 24h/24h. Mais certains jeunes s'y rendent poussés par des attentes irréalistes, des standards de beauté déformés que l'on voit sur les réseaux sociaux et un désir de transformation quelque soit le prix.
Le psychologue du sport Anđelko Botica explique qu'une véritable dépendance à l'exercice peut se développer même si le phénomène est difficile à repérer puisque la société valorise cet entraînement régulier. L'entourage réagit d'ailleurs souvent positivement face à une personne qui s'entraîne beaucoup et soigne son alimentation, ce qui peut longtemps masquer un rapport problématique à l'exercice selon le spécialiste.
Le psychologue du sport insiste sur la différence entre le surentraînement, un état physique où l'organisme ne récupère pas assez d'un effort, et la dépendance à l'exercice, qui relève avant tout d'un besoin psychologique de s'entraîner, indépendamment des besoins réels du corps. Concrètement, les difficultés liées à cette dépendance apparaissent lorsque la personne est contrainte de réduire ou d'arrêter l'entraînement. Cela peut provoquer nervosité, irritabilité, anxiété, sentiment de culpabilité, insatisfaction corporelle ou impression de perdre le contrôle. Pour Anđelko Botica, ces réactions traduisent un véritable problème psychologique sous-jacent, où la salle de sport cesse d'être un simple lieu de santé pour devenir le principal moyen par lequel la personne valide sa propre valeur ou régule ses émotions négatives.
Et motivés par les conseils des réseaux sociaux, de nombreux jeunes se tournent vers des compléments alimentaires pour progresser plus vite, un véritable fléau. Si certains, comme la créatine, peuvent être utiles dans certaines situations à condition d'en comprendre l'usage, d'autres, comme les stéroïdes anabolisants représentent un risque sérieux pour la santé. Le psychologue déconseille formellement leur usage chez les mineurs. Le schéma problématique se résume souvent par un " je dois m'entraîner encore plus, prendre encore quelque chose, et changer d'apparence le plus vite possible" explique-t-il.
Alors comment s'entraîner sans addiction ? Pas de recette miracle, l'essentiel est de laisser suffisamment de temps de repos et de récupération après chaque séance. Pour les enfants et adolescents de 5 à 16 ans, au moins 60 minutes d'activité physique quotidienne sont recommandées, sans que la salle de sport soit nécessaire.. Pour les jeunes qui débutent en salle, deux à trois séances hebdomadaires suffisent généralement. "La durée raisonnable des séances et un temps de récupération suffisant priment sur le nombre d'entraînements." Le psychologue recommande aux jeunes souhaitant s'entraîner régulièrement de tenir compte de leur état de santé et de définir clairement leurs objectifs, en n'hésitant pas à consulter un médecin du sport.