Le nombre d'oiseaux qui s'écrasent contre nos fenêtres chaque année est inimaginable, la raison aussi
Un phénomène "accablant et tragique" : chaque jour et surtout chaque nuit, des oiseaux meurent en heurtant des bâtiments en plein vol. Les décès sont particulièrement nombreux au cours des périodes de migration des volatiles, à l'automne et au printemps. Et ces accidents de trajectoire concernent beaucoup de jeunes spécimens effectuant leur première migration et découvrant la ville.
Cet été, à Chicago, plus d'un millier d'oiseaux sont morts en une seule nuit en heurtant le même building. "Il y avait comme un tapis d'oiseaux morts, mourants ou blessés", témoignait alors avec tristesse Annette Prince, directrice du projet Chicago Bird Collision Monitors, auprès de CNN. L'an dernier, une association newyorkaise avait collecté plus de 200 cadavres d'oiseaux en une nuit autour du World Trade Center.
Quelle est l'ampleur annuelle du phénomène ? Selon un rapport du laboratoire d'Ornithologie de Cornell datant de 2019, environ 600 millions d'oiseaux meurent chaque année aux Etats-Unis après avoir heurté un bâtiment. De son côté, l'association américaine People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) avance près d'un milliard de collisions mortelles d'oiseaux contre des vitres aux Etats-Unis. Au Royaume-Uni, on en compterait environ 100 millions chaque année. Et en France ? Les études manquent, mais le Ligue de protection des oiseaux (LPO) évoque "plusieurs centaines de milliers d'oiseaux" tués dans l'hexagone du seul fait de collision avec une vitre.
Pourtant, les spécialistes ont bien déterminé les deux principales raisons de ces nombreuses tragédies. La première est la pollution lumineuse des villes : les bâtiments qui restent éclairés la nuit attirent l'attention des volatiles. "Ces lumières sont une attraction très marquée pour les oiseaux - presque comme un phare", confirme Annette Prince à CNN.
Une "négligence" qu'on peut corriger
La seconde raison, c'est "la négligence ou à la simple indifférence" des architectes, dénonce Jared Goodman, conseiller général de l'association PETA, auprès du média Dezeen. En effet, le recours généralisé au verre transparent dans la construction des grands buildings est fatal pour de nombreux spécimens, qui sont trompés par leur vue : "Si vous utilisez une grande surface de verre qui ressemble à un espace ouvert, les oiseaux essaieront de voler dans cette direction, ne voyant pas cette barrière devant eux", confirme Annette Prince.
Les défenseurs des oiseaux militent donc pour un recours accru à des verres anticollision : "Les architectes peuvent facilement ajouter des films, des motifs ultraviolets et d'autres conceptions innovantes aux fenêtres en verre", telles que "du verre dépoli, fritté ou givré", détaille Jared Goodman. Une façon de rendre la surface plus visible, y compris de nuit.
En 2019, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté un projet de loi visant à réduire la quantité de verre utilisée dans les bâtiments fédéraux. Une mesure qui, si elle se généralisait à l'ensemble des bâtiments, pourrait éviter plusieurs millions de décès d'oiseaux chaque année.