Houellebecq : les 10 thèses explosives de "Soumission"

Houellebecq : les 10 thèses explosives de "Soumission" Un parti musulman au pouvoir, la morale islamique à l'école, la polygamie... Présenté comme un roman "à thèses" par les médias, "Soumission" de Houellebecq décrit une société française uchronique en mêlant petites provocations et idées plus substantielles.

Michel Houellebecq s'y attendait, la polémique est lancée : "Soumission", son sixième roman, est devenu avant même sa publication un sujet de discussion et une matière malaxée à souhait par les éditorialistes se questionnant sur l'état de la société française. Il faut dire que l'histoire développée dans l'ouvrage s'inscrit dans un contexte - ou un décorum - sujet à controverse : la France s'abandonnant ou se résignant à une "islamisation" presque totale sur tous les plans, politiques et sociétaux.

Il s'agit déjà, sans conteste, de l'oeuvre littéraire de Michel Houellebecq la plus commentée, alors que la réflexion contemporaine sur les crises qui traversent la France semblent se cristalliser sur le rapport qu'entretient actuellement la République avec l'islam et les mutations de son système d'intégration. Mais que dit vraiment Michel Houellebecq ? Avant d'entrer dans l'interprétation politico-sociale de sa fiction, un exercice si apprécié des commentateurs de tous bords, posons les "idées fortes" développées. Rappelons avant tout que "Soumission" raconte essentiellement l'histoire d'un homme, François, un universitaire asocial et malheureux, qui s'accommodera finalement du nouvel ordre établi.

1 - L'arrivée au pouvoir d'un parti islamiste

Nous sommes en 2022. La France vient d'élire Mohamed Ben Abbes, président du parti "Fraternité musulmane". L'homme, réputé pour sa grande érudition se présente comme foncièrement modéré.

2- François Bayrou Premier ministre

En gage d'ouverture, Ben Abbes choisit de confier Matignon au centriste François Bayrou. Ce dernier est constamment dévalorisé et ne sert que de pantin au pouvoir en place.

3 - Un séisme politique

Le Parti socialiste et la droite, incarnée par Jean-François Copé, sont balayés : ce dernier arrive en 4e position du scrutin avec 12 % des voix, Manuel Valls échoue derrière Marine Le Pen. Au second tour, la leader frontiste, qui en appelle à la défense de la laïcité et des valeurs républicaines, est battue.

4 - La fin de la laïcité

Si "Fraternité musulmane" laisse au parti de François Bayrou les ministères régaliens, l'Education nationale est révolutionnée : la morale religieuse y est introduite, les professeurs doivent se convertir pour enseigner, sont accolés sur les écriteaux des universités un croissant et une étoile.

5 - La place des femmes redéfinie

La polygamie est instaurée et encouragée, tout comme le retour des femmes au foyer, ce qui fait baisser le chômage de manière drastique. Le port du voile devient une habitude.

6 - Un contexte de guerre civile avant l'élection

Avant l'élection, les tensions sont extrêmes et les conflits font plusieurs morts. Le calme revient avec l'arrivée au pouvoir de Ben Abbes. Mais la violence témoigne d'une forte fracture entre les "pro-identitaires" et les tenants de la montée religieuse.

7 - Apaisement et passivité après l'élection

Une fois à l'Elysée, les mesures instaurées par Fraternité musulmane sont appliquées et acceptées avec une certaine résignation, une passivité, mais aussi un soudain consentement pour le nouvel ordre social.

8 - La complicité des médias, la faiblesse des intellectuels

La narrateur, François, se souvient comment les journaux et les penseurs médiatiques minimisaient les risques de "guerre civile" et de rupture sociale avant l'élection de Ben Abbes. Certains intellectuels n'hésitent pas ensuite à épouser le mode de vie des nouvelles élites - comme le directeur de la Sorbonne qui deviendra ministre - et s'emballent pour Ben Abbes comme d'autres l'avaient fait pour Mao ou Staline.

9 - Un processus spirituel et non lié à l'immigration

Michel Houellebecq n'écrit pas sur les mouvements migratoires, mais met en scène un renversement de la sécularisation historique de notre société. Dans L'Obs, l'auteur estime ainsi qu'il s'agit d'un "processus spirituel, un changement de paradigme, un retour du religieux". "Donc, je ne crois pas à cette thèse du 'Grand remplacement'" poursuit-il. "Ce n'est pas la composition raciale de la population qui est en question, c'est son système de valeurs et de croyances".

10 - Aucun "rapport réel avec la vie"

Politique-fiction ou réflexion sur les systèmes d'appartenance qui régissent et offrent un grand cadre à nos histoires personnelles ? Houellebecq est un écrivain de l'intime, pas un romancier de l'Histoire de France. "Je fais davantage confiance à l'intelligence de la masse qu'à celle des élites. Je suis tranquille : ce roman suscitera peut-être des polémiques chez ceux qui gagnent leur vie en polémiquant, mais sera perçu par le public comme un livre d'anticipation, sans rapport réel avec la vie" explique-t-il encore dans L'Obs.

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