Le scandaleux “Powder her Face” du britannique Thomas Adès au théâtre Malibran de Venise

Oeuvre de chambre d'après le livret de Philip Hensher qui fit scandale lors de la première absolue en 1995 au Cheltenham Music Festival, inspirée de la vie scandaleuse de Margaret Campell Duchesse d'Argyll (1912-1993) et représentée pour la première fois au Malibran de Venise.


Margaret Campell se maria en 1933 avec M. Sweeny, puis divorça, puis se remaria avec le Duc d'Argyll en 1951. Femme de la jet-set internationale, très belle et très courtisée, elle dut affronter en 1963 une cause de divorce intenté par son second mari qui passionna l'opinion publique anglaise alors très puritaine.



En effet, parmi les preuves de l'infidélité conjugale fit sensation certaines photos qui la reprenaient faisant une fellation à un homme qui n'était pas son mari. La cause du divorce de la duchesse se conclut par une longue et passionnée harangue du juge Wheatley, qui la définit comme une femme « sexuellement débridée qui n'est plus satisfaite par des rapports sexuels normaux et a ainsi débuté de dégoûtantes pratiques érotiques pour satisfaire son immonde appétit sexuel ». Même après son 2ème divorce, la Duchesse continua à occuper la une du jetset avec des fêtes mémorables. Mais en 1990 elle dut abandonner la suite du Grosvenor House Hotel où elle habitait depuis dix ans en laissant une dette de 33.000 livres sterling. Elle mourut dans une modeste maison de repos à Pimlico en 1993.


Cette œuvre de chambre n'a que quatre chanteurs : un soprano qui interprète le rôle de la Duchesse et trois autres interprètes qui jouent plusieurs rôles . Celui de la femme de chambre, qui pendant la pièce se transformera en l'amie, l'amante du duc, la curieuse, la journaliste, a été confiée à un soprano léger (même trop léger dirai-je, sa voix avait vraiment peu de portée), le rôle de l'électricien (mais aussi du gigolo, du groom, du curieux, du directeur de l'hôtel, du juge) a un basse.


L'oeuvre est articulée en huit scènes, la première et la dernière situées à la fin de la vie de la Duchesse, en 1990, au moment où elle est expulsée du Grosvenor House Hotel. A partir de la seconde scène commence un retour en arrière de moments significatifs de l'existence de la duchesse, comme son premier divorce en 1934, son deuxième mariage avec le duc en 1936, le rapport sexuel oral avec le garçon d'étage d'un hôtel de luxe à Londres en 1953, la sentence de divorce en 1955 avec sa condamnation infamante, une interview concédée à une journaliste de mode (1970).


Thomas Adès, pianiste et chef d'orchestre, né en 1971, diplômé du King's College de Cambridge en 1992, est l'un des compositeurs britanniques émergents, auteur d'une quarantaine de partitions dont deux opéras pour le théâtre musical, qui ont obtenu un grand succès dans le monde entier. L'orchestre est composé de quinze instruments seulement, un peu faible me direz-vous, car on n'est pas au niveau de Britten, loin s'en faut.


Toutefois, le coté glamour rose shocking de la scénographie due à Pier Luigi Pizzi (qui signe la réalisation, la scénographie et les costumes), le jeux de lumières raffinées de Vicenzo Raponi, les mouvements chorégraphiques dirigés par Roberto Pizzuto en fait en spectacle très acceptable et divertissant. Le cast est composé d' Olga Zhuravel dans le rôle de la duchesse (très digne dans le rôle de la duchesse), de Zuzana Markova dans celui de la femme de chambre et autres rôles secondaires, d'une voie passable mais qui attira l'attention de tous en se produisant toute nue sur scène (il s'en passe des choses au Malibran, même des chanteuses lyriques nues maintenant !) certes son corps est parfait (plus que sa voix ô combien hélas), mais la scène n'était pas nécessaire et a été mise là pour divertir les curieux.


Dans le rôle de l'électricien/gigolo etc. Luca Canonici est à la hauteur de la situation et sans vulgarité dans la fameuse scène où la duchesse téléphone pour commander qu'un groom lui porte de quoi manger en chambre, mais sera plus ou moins obligé, moyennant payement pour ses services « extra » en chambre (si DSK en avait fait autant, il n' aurait pas eu tous ses problèmes et pourtant ce ne sont pas les sous qui lui manquent...) la scène de la fellation reste discrète étant voilée par un pudique rideau couvrant la plupart du corps du groom.


Visiblement cette scène était fameuse et tous savait qu'elle allait avoir lieu car quand je suis allée boire un café dans un bar juste à côté du Malibran le barman disait aux pompiers qui allaient assurer la sécurité du spectacle «  Je sais ce que vous allez voir, bande de pourceaux ! » tous ont éclaté de rire, mais quand même, se faire traiter de pourceaux par le barman, mince alors!


Toutefois, cet opéra, outre à parler d'argent et de sexe, parle aussi de la solitude et du déclin de cette femme très belle mais méprisée de tous pour son Don Giovannisme. D'ailleurs à la fin du spectacle, quand apparaît le directeur de l'hôtel qui vient l'expulser, il apparaît sinistre et grave comme le Commendatore du final de Don Giovanni, la Mort arrive et la fête est finie.

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