Assassinat de Samuel Paty : 27 interpellations, de nouvelles mesures annoncées

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"Assassinat de Samuel Paty : 27 interpellations, de nouvelles mesures annoncées"

Assassinat de Samuel Paty : 27 interpellations, de nouvelles mesures annoncées SAMUEL PATY. Une semaine après l'attentat contre le professeur d'histoire-géographie, Jean Castex a annoncé que 27 personnes avaient été interpellées à la suite de signalements en ligne. Le Premier ministre a également détaillé de nouvelles mesures du projet de loi sur les séparatismes.

[Mis à jour le 23 octobre 2020 à 18h18] Une semaine après l'assassinat de Samuel Paty, enseignant de 47 ans du collège de Conflans-Sainte-Honorine, le Premier ministre a pris la parole à l'issue du Conseil restreint de défense et de sécurité nationale. Le professeur avait montré des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression et suscité une polémique chez certains parents d'élèves mobilisés sur les réseaux sociaux. Vendredi 23 octobre, Jean Castex a ainsi annoncé que 27 interpellations avaient été réalisées suite à des signalements sur la plateforme Pharos, un des principaux outils du gouvernement contre la radicalisation en ligne. "123 visites domiciliaires ont été décidées et 56 d'ores et déjà réalisées", a par ailleurs précisé le chef du gouvernement, rappelant également la dissolution du collectif Cheikh Yassine et la fermeture de la mosquée de Pantin. "D'autres dissolutions et fermetures interviendront dans les prochains jours", a ajouté Jean Castex. 

Le Premier ministre a également fait part de nouvelles mesures destinées à "parachever" le projet de loi sur les séparatismes. La première consiste à pénaliser "ceux qui font pression sur les fonctionnaires et agents publics par des propos ou des comportements comme cela s'est produit à Conflans-Saint-Honorine", a précisé Jean Castex. La deuxième envisage de "sanctionner ceux qui mettent en ligne des informations personnelles mettant en danger la vie d'autrui". Enfin, le Premier ministre a indiqué que la surveillance sur les réseaux sociaux allait être intensifiée en ce qui concerne la "haine en ligne". "Le travail se poursuit sans relâche et l'ensemble du gouvernement est mobilisé", a déclaré Jean Castex. 

Sept personnes ont été mises en examen pour complicité d'assassinat en relation avec une activité terroriste, dont deux mineurs qui sont restés en liberté sous contrôle judiciaire. Les cinq majeurs ont été placés en détention provisoire. Le parent d'élève, Brahim C., qui avait posté une vidéo sur les réseaux sociaux contre le professeur, est maintenu en détention par le juge des libertés et de la détention vendredi 23 octobre, selon BFMTV

où en est l'enquête ?

Des suspects de complicité et des mises en examen

Le parquet antiterroriste a été saisi dès vendredi soir. L'enquête a été ouverte pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle". Dans la nuit de vendredi à samedi, dix personnes ont d'abord été placées en garde à vue. Mardi 20 octobre, 16 personnes étaient en garde à vue. Parmi ces individus, l'identité d'un militant islamiste du nom d'Abdelhakim Sefrioui a été révélée par l'AFP. Ce dernier avait accompagné début octobre au collège du Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine, le père d'une élève pour demander le renvoi de la victime, qui avait montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves. Un ami de l'assaillant, Abdoullakh Anzorov a aussi été interrogé par les enquêteurs, tout comme l'entourage familial de l'assaillant et des collégiens soupçonnés d'avoir donné des informations au terroriste.

Dans une conférence de presse ce mercredi 21 octobre, le procureur de la République antiterroriste a confirmé ces éléments et a donné des précisions sur l'enquête. Sept personnes dont deux mineurs ont été déférés pour "complicité d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", du chef  de "complicité d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste" et "d'association de malfaiteurs terroristes en vue de commettre des crimes d'atteinte aux personnes". En ce qui concerne les deux mineurs soupçonné de complicité, une somme a bien été donnée par l'assaillant à deux collégiens (environ 300 euros) pour permettre l'identification du terroriste. Ces derniers sont restés avec lui jusqu'à ce que le professeur sorte du collège. Selon les mots du procureur, le terroriste a "expliqué avoir l'intention de filmer le professeur qui devait s'excuser pour la présentation de ces caricatures, de l'humilier et le frapper". Pour le procureur, la donne est claire, "si l'auteur des faits ne bénéficiait pas du patronyme de l'enseignant, du nom et de la localisation du collège, il ne disposait pas de moyens permettant de l'identifier. Or cette identification n'a été rendue possible que grâce à l'intervention de collégiens du même établissement." Les deux collégiens, âgés de 14 et 15 ans, avaient aussi été mis en examen pour "complicité d'assassinat en relation avec une activité terroriste" et remis en liberté, sous contrôle judiciaire.

Selon les informations de LCI, un parent d'élève, qui avait mis en ligne une vidéo appelant à la suspension de Samuel Paty a bien été contacté par le terroriste, tout comme prédicateur Abdelhakim Sefrioui. L'assaillant aurait "indiquer son intention de venger le prophète et de régler le problème "à sa manière", précise le média. BFMTV et l'AFP ont eu la confirmation que des messages ont été échangés sur WhatsApp. BFMTV précise que les deux hommes ont été en contact deux fois par téléphone. Le procureur a confirmé que Brahim C., le père auteur de la vidéo reconnait avoir été en contact avec Abdelhakim Sefrioui et qu'il y a donc bien eu plusieurs contacts téléphoniques et écrits avec le terroriste. Tous les deux été mis en examen mercredi soir pour "complicité d'assassinat terroriste".

Enfin, trois personnes sont soupçonnées d'avoir aidé le terroriste. Le premier, Azim E., 19 ans, est soupçonné d'avoir accompagné le tueur la veille à Rouen pour l'achat d'un couteau. Cette arme sera retrouvée à proximité du lieu du crime. Le second, 18 ans, a accompagné Anzorov dans la coutellerie, puis véhiculé le terroriste, dans deux magasins d'Osny, où il a acheté deux pistolets AirSoft. Ils oint été mis en examen pour "complicité d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", en ce qui concerne Naïm B. et Azim E., et pour "association de malfaiteurs terroriste" pour Youssouf C..

Hommages à Samuel Paty

Un hommage national a été organisé mercredi soir pour Samuel Paty, victime d'un acte terroriste vendredi dernier devant son collège de Conflans-Sainte-Honorine. Emmanuel Macron a présidé la cérémonie dans la Cour d'honneur de la Sorbonne. "Samuel Paty est devenu vendredi le visage de la République", a notamment déclaré le chef de l'État, qui a fait une promesse : "Nous continuerons, professeur, nous défendrons la liberté que vous enseignez si bien et nous porterons haut la laïcité, nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins. Nous continuerons ce combat pour la liberté dont vous [Samuel Paty ndlr.] êtes désormais le visage parce que nous vous le devons, parce que nous, nous le devons. Parce qu'en France, professeur, les Lumières ne s'éteignent jamais." Samuel Paty a par ailleurs été décoré de la légion d'honneur à titre posthume. 

Avant l'hommage national de mercredi 21 octobre, une marche blanche avait été organisée à Conflans-Sainte-Honorine, mardi soir avec au moins 1 000 personnes rassemblées pour cet événement. Depuis son assassinant, de nombreux hommages et plusieurs annonces ont été faites. Dans un rayon local, le conseil départemental des Yvelines a proposé de rebaptiser le collège de Conflans-Sainte-Honorine, où enseignait le professeur, de son nom. Cette proposition doit être validée par le conseil d'administration de l'établissement, puis par le conseil municipal de la commune. Près de Lyon, à Tassin-la-Demi-Lune, la future école du quartier de la Libération sera également appelée "Samuel Paty".

Le déroulé des faits

Samuel Paty, un professeur d'histoire-géographie qui enseignait au collège Le Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), a été décapité près de cet établissement le vendredi 16 octobre 2020, aux alentours de 17 heures, comme l'a indiqué Jean-François Ricard, le procureur de la République antiterroriste, à l'occasion d'une conférence de presse sur l'attentat samedi. C'est "à quelques centaines de mètres du corps découvert" que, quelques minutes après les faits, la police nationale a identifié l'agresseur présumé. "L'homme a couru vers les forces de l'ordre en tirant à cinq reprises avec une arme de poing. Trois des policiers ont riposté, entraînant la chute de l'assaillant. Alors qu'il tentait de se relever et de donner des coups de couteau, il a été neutralisé par les forces de l'ordre", a indiqué Jean-François Ricard. Dans son téléphone, l'assaillant avait enregistré son message de revendication et un cliché de la victime. Le procureur de la République a également révélé que quelques minutes avant les faits, l'assaillant avait demandé à différents élèves du collège Le Bois d'Aulne, de désigner leur professeur à la sortie des cours. Une information qui prouve que l'individu visait personnellement Samuel Paty. Le terroriste aurait succombé à ses blessures à Eragny-sur-Oise (Val-d'Oise). L'auteur des faits aurait scandé "Allah Akbar", mais cela n'a pour le moment pas été confirmé.

La victime, Samuel Paty, un professeur de 47 ans. 

La victime se prénommait Samuel Paty, et était âgée de 47 ans. L'homme était professeur d'histoire-géographie au sein du collège du Bois d'Aulne depuis trois ans, à Conflans-Sainte-Honorine, et était père de famille. Selon ses élèves, Monsieur Paty était un enseignant bienveillant, très investi et qui était très tolérant. 

Des caricatures de Mahomet à l'origine de l'attentat

L'assaillant présumé a ciblé le professeur d'histoire du collège du Bois d'Aulne en raison de caricatures de Mahomet que le professeur a montré en classe de 4e, le 5 octobre dernier, lors d'un cours sur la liberté d'expression. Ce samedi, le procureur de la République Jean-François Ricard est aussi revenu sur ces circonstances : le 7 octobre au soir, le père d'une des élèves a publié sur son compte Facebook un message dans lequel il s'indignait que le professeur ait montré une caricature du prophète nu lors du débat. Le 8 octobre, "le père de l'élève accompagné d'un second individu, ont été reçus par la responsable de l'établissement. Et ils ont exigé devant la principale le renvoi du professeur". Suivra un autre message sur son compte Facebook dans lequel il dévoilait le nom du professeur puis un dépôt de plainte pour "diffusion d'image pornographique". "La demi-sœur de cet homme avait rejoint l'État islamique en Syrie en 2014", a également indiqué le procureur.
On reprochera aussi à l'enseignant d'avoir demandé, préalablement au débat, aux élèves musulmans de lever la main et de sortir de classe. Une affirmation que Samuel Paty avait lui même contestée, affirmant avoir simplement proposé à ses élèves de ne pas regarder les caricatures, "dans l'hypothèse où ils auraient pu être heurtés", selon le procureur. L'enseignant avait déposé plainte pour "diffamation publique". La principale du collège avait pour sa part fait état d'"appels menaçants" à la suite de ce cours. Alors que des rumeurs faisaient part d'éventuelles sanctions à l'encontre du professeur, la direction du collège a assuré qu'il n'allait pas être sanctionné.

L'auteur, Abdoullakh Anzorov

L'identité de l'auteur de l'attaque a été dévoilée samedi par le procureur antiterroriste Jean-François Ricard. Il s'agit d'un jeune homme de 18 ans, d'origine tchétchène et né à Moscou, répondant au nom d' Abdoullakh Anzorov. Il était armé d'un poignard, d'une arme de poing de type Airsoft et de cinq cartouches de gaz. Connu des services de police pour des faits de droit commun, notamment des affaires de "dégradation de biens publics et de violence en réunions", il n'était pas fiché S. Il "bénéficiait du statut de réfugié et était inconnu des services de renseignement", a confirmé Jean-François Ricard. Abdoullakh Anzorov. "était porteur d'un titre de séjour délivré le 4 mars dernier et valable jusqu'en mars 2030". Il n'avait jamais été condamné. Son corps présente neuf impacts de balles, selon le procureur.

 Des photos et une revendication sur Twitter

Un compte Twitter a été identifié dès vendredi soir par les forces de l'ordre, dont le détenteur s'est présenté comme l'auteur des faits. Ce compte, désormais suspendu, a revendiqué l'attaque au nom d'al-Ansar et "d’Allah le Miséricordieux", avec des photos ou une vidéo de la tête du professeur d'histoire décapité, quelques minutes après le drame. Le message interpellait aussi "Macron, le dirigeant des infidèles". "J'ai exécuté un de tes chiens de l'enfer, qui a osé rabaisser Mohammad", a aussi écrit l'auteur, selon le procureur du PNAT. Jean-François Ricard a confirmé ce samedi que ce compte était bien celui d'Abdoullakh Abouyezidvitch A.