Reconfinement en France : localisé, général... Quelles hypothèses ?

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"Reconfinement en France : localisé, général... Quelles hypothèses ?"

Reconfinement en France : localisé, général... Quelles hypothèses ? Si le gouvernement semble vouloir éviter un reconfinement "général", dans un récent avis, le Conseil scientifique a recommandé la préparation d'un plan de "confinement local" dans les métropoles françaises.

[Mis à jour le 10 août 2020 à 18h02] Invité sur LCI, Alain Griset, ministre délégué auprès du ministre de l'Economie, chargé des petites et moyennes entreprises, a indiqué : "nous devons garantir la sécurité sanitaire", mais aussi "la reprise économique et le développement de l'activité". En conséquence, le ministre a exclu un "confinement général", qui impliquerait une deuxième fois un "blocage de l'économie." Le président de l'Union des entreprises de proximité a assuré : "Si le port du masque est un passage qui nous évite le blocage de l'économie, il n'y a pas de doutes, il faut tous qu'on le porte." 

Toutefois, si le Gouvernement souhaite éviter un reconfinement, le Conseil scientifique a requis - dans son avis du 27 juillet 2020 - la préparation d'un plan de "confinement local" dans les "20 grandes métropoles " françaises. 

Des reconfinements "localisés" et la fermeture des bars ?

Dans un avis du 27 juillet 2020, à destination des autorités nationales, le Conseil scientifique a admis : "Un 'confinement local' plus ou moins important en fonction de l'épidémie doit faire l'objet d'une préparation" dans les "'20 grandes métropoles', dans lesquels les risques de propagation du virus sont importants." Ce plan, similaire à ceux réalisés au Royaume-Uni et en Allemagne, "doit aussi intégrer les hôpitaux et les structures de soins primaires comme les maisons de santé et les cabinets médicaux", a indiqué l'organisation. Il est précisé que "ces plans devront pouvoir s'adapter à l'évolution des circonstances et être modifiés si nécessaire." 

L'idée de reconfinements "localisés" a déjà été évoquée par le Premier ministre Jean Castex, dans un entretien à Nice Matin paru le 25 juillet. Il a rappelé que la priorité du gouvernement restait avant tout "la prévention". Dans un contexte de regain d'épidémie, le gouvernement a d'ores et déjà renforcé certaines mesures, notamment via le dépistage de voyageurs provenant de certains pays à risques dans les aéroports. Par ailleurs, un arrêté pris samedi 25 juillet par le ministre de la Santé Olivier Véran, a entériné le remboursement intégral de tous les tests PCR qui peuvent être réalisés sans ordonnance et sans symptômes.

En ce sens, et pour se donner toutes les chances de parvenir d'éviter le scénario catastrophe, Olivier Véran a lancé un appel aux jeunes, accusés de relâchement. "Je comprends parfaitement leur besoin de changer d'air et de souffler mais le virus, lui, ne prend pas de vacances", a insisté le ministre dans Le Parisien le 25 juillet, brandissant la menace de la fermeture des bars dans certaines régions où des débordements seraient constatés. "Cela fait partie des possibilités", a-t-il confirmé.

De son côté, le Premier ministre a évoqué plus clairement l'idée du reconfinement, même s'il souhaite éviter à tout prix un reconfinement total. En tout cas, dans sa version généralisée, qui serait "catastrophique" pour la France "au niveau économique et social, (...) y compris pour la santé psychologique de certains de nos concitoyens", a-t-il concédé dans un entretien accordé à Nice-Matin. Si l'avenir se noircit encore un peu plus, la solution pourrait être trouvée dans "des reconfinements très localisés". "Nous nous adapterons", promet Jean Castex, qui appelle une fois de plus au maintient du respect des gestes barrières et ce "jusqu'au jour où un vaccin sera trouvé".

Le reconfinement pour septembre ?

Pour l'instant, alors que l'été bat son plein, le reconfinement n'en est qu'au stade de l'hypothèse. L'épidémie de coronavirus, dont le regain d'activité est indéniable, est toujours malgré tout considérée comme maîtrisée par les autorités sanitaires françaises. Mais parmi la communauté scientifique et médicale, beaucoup redoutent le fait que le Covid-19 soit un virus saisonnier. Autrement dit, que les températures chaudes ne freinent, en tout cas en partie, sa virulence. Ainsi, si l'on se fie à ce scénario, une deuxième vague pourrait toucher la France et l'Europe à l'automne, dès le courant du mois de septembre ou courant octobre. Le 21 juillet, sur BFMTV, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy considérait que "l'hypothèse la plus probable reste (...) un retour du virus pour la période octobre-novembre-décembre."

Si bien sûr, pour l'heure, cela n'est pas assuré, Emmanuel Macron faisait savoir dès début juillet qu'il ne fallait "rien exclure". Quant à Jean Castex, quelques jours plus tard, il faisait part du fait que le gouvernement avait finalisé un "plan de reconfinement ciblé". Selon le Premier ministre, l'exécutif est "prêt" à affronter une seconde vague à l'automne. Et de détailler, dans une volonté d'anticiper : "On ne va pas faire un plan de reconfinement comme nous avions fait celui du mois de mars. Un reconfinement absolu, comme ce qu'on a connu en mars dernier, aurait des conséquences terribles pour le pays. Nous allons cibler."

Grand Est, Bretagne... quelles régions concernées ?

Selon les dires du Premier ministre Jean Castex, si la France devait avoir recours au reconfinement, cela se produirait de manière non généralisée. Ainsi, on pourrait observer des différences de situations d'une région à l'autre ou même d'un département à l'autre, concernant de nouvelles interdictions et mesures limitant les déplacements. Les autorités sanitaires ont déjà identifié des parties du territoire sur lesquelles le Covid-19 circule plus activement qu'ailleurs.

On l'a vu récemment, la Mayenne a connu une situation critique avec une accélération soudaine du nombre de contaminations. Le ministère de la santé a, entre autres, retenu comme critère le "R0", le taux de reproduction du virus. Autrement dit, la moyenne du nombre de personnes contaminées par un seul malade. Actuellement, et selon les dernières données du ministère de la Santé, la Bretagne, le Grand Est et la Nouvelle Aquitaine sont des régions dont le R0 est à surveiller. Les trois régions sont mêmes passées en rouge car elles dépassent le seuil fixé de 1,5.

Carte de l'évolution du Covid-19

Voici la carte des R0 en fonction des différentes régions, dont les données sont mises à jour chaque semaine par le ministère de la Santé. Il convient malgré tout de préciser qu'il s'agit d'un indicateur de l'évolution de l'épidémie en France parmi d'autres, qui pourraient également entrer en ligne de compte si le gouvernement venait à mettre en vigueur le reconfinement localisé.

 

Des critères pour le reconfinement ?

Comme évoqué plus haut, le R0 pourrait être retenu comme un critère de reconfinement si le besoin de reconfiner la France, en entier ou en partie, se faisait sentir. Mais il existe d'autres indicateurs, à commencer par le taux de tests positifs, qui est d'ailleurs en augmentation depuis plusieurs semaines d'affilée au niveau national, selon le dernier point épidémiologique de Santé publique France (+ 13% par rapport au point précédent). Il y a également l'incidence, soit le nombre de personnes contaminées par le coronavirus pour 100 000 habitants, actuellement estimée à 5,5 par SpF et également en augmentation par rapport au point précédent. Enfin, pourrait être retenir le nombre de places en réanimation. Là, les chiffres et les courbes sont plus rassurants, car le nombre journalier de cas hospitalisés en réanimation est toujours en diminution depuis le 8 avril. Retrouvez tous les chiffres et courbes actualisés dans notre article consacré à l'évolution du Covid-19 en France.

Des villes imposent le masque dans des lieux publics 

Si le reconfinement n'est pas encore une réalité pour les régions françaises, certains territoires n'hésitent déjà pas à prendre certaines mesures locales. Dans plusieurs villes, le port du masque a été rendu obligatoire dans des lieux publics. Depuis le 20 juillet, tous les lieux publics fermés font déjà l'objet de cette obligation légale. Certaines stations balnéaires, villes touristiques, ou zones très touchées par le coronavirus ont choisi d'étendre la règle à d'autres lieux publics ouverts.

Nice et Strasbourg avaient été les premières municipalités à tenter d'imposer le port du masque dans les lieux publics, avec plus ou moins de succès face au tribunal administratif. En Mayenne, les communes de Laval, Château-Gontier-sur-Mayenne, Evron et Mayenne ordonne désormais le port du masque dans des zones précises, certaines rues du centre-ville. C'est aussi le cas de Concarneau, dans le Finistère, de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d'Armor, du Grau-du-Roi dans le Gard. À Troyes, le masque doit être porté dans les parcs, à Annecy, pour aller au marché. Pour certaines stations balnéaires comme Touquet-Paris-Plage ou Argelès-sur-Mer, les abords de la plage sont concernés par ces arrêtés. La ville de Lille a également imposé le masque dans certains secteurs.