Valls candidat à Barcelone : sondages, contexte... Une défaite assurée ?

Valls candidat à Barcelone : sondages, contexte... Une défaite assurée ? VALLS - L'ancien Premier ministre français peut-il vraiment devenir le prochain maire de Barcelone ? La partie n'est franchement pas gagnée.

[Mis à jour le 26 septembre 2018 à 12h06] Il était parvenu à se faire réélire député de l'Essonne, dans son fief, avec toutes les difficultés du monde. En juin 2017, Manuel Valls s'était sauvé in extremis d'une mort politique aussi soudaine que précipitée. Celui qui visait l'Elysée quelques mois plus tôt a vécu la désillusion d'être battu par Benoît Hamon et l'humiliation d'être excommunié des rangs macronistes. Grâce à Evry, l'ancien chef du gouvernement restait dans le paysage politique français. Mais voilà que Manuel Valls quitte sa députation, qu'il rompt avec tout ce qui le liait encore, concrètement, avec la vie politique hexagonale, après 40 ans d'engagement au PS puis dans le camp de la majorité présidentielle.

"Je veux être maire de Barcelone". Hier, mardi 25 septembre, Manuel Valls a retrouvé un sourire et une fougue qu'il semblait avoir perdus depuis le début de sa campagne présidentielle française. L'ancien Premier ministre a donc déclaré sa candidature à la mairie de la capitale catalane, qui aura lieu le 26 mai prochain. Le défi est gigantesque. D'aucuns parlent d'opportunisme, mais c'est oublier que Manuel Valls est presque inconnu à Barcelone. C'est aussi ne pas suffisamment considérer le contexte politique local. En réalité, les chances de Manuel Valls sont minces, très minces, même, à l'heure actuelle. Pour l'emporter, il faudra que le Français convainque et crée une dynamique de campagne, un élan, qui n'existe pas aujourd'hui.

Manuel Valls promis à la défaite à Barcelone ?

La partie n'est pas du tout gagnée. En juin, dernier, l'institut de sondages GAD3 a réalisé une enquête pour prendre le pouls de l'opinion barcelonaise. Arrivait alors en tête Ada Colau, l'actuelle maire de Barcelone, avec 21,8% des intentions de vote. Il faut dire que la situation politique en Catalogne a bien évolué depuis la fin de la crise sur l'indépendance et depuis que les socialistes dirigent le pays. Ada Colau semble en position de force, elle qui a rassemblé des unionistes de gauche et des indépendantistes. Ciudadanos recueillerait 19,9% des suffrages, devant le parti de la Gauche républicaine - ERC (17,6%), le Parti socialiste de Catalogne (15,4%) et le Parti démocrate PdeCat (11,4%).

Voilà pour les chiffres. Et Manuel Valls là-dedans ? Le Français compte présenter une candidature "libre", "d'ouverture" et "indépendante", mais il sera soutenu par le parti pro-européen et anti-indépendantiste Ciudadanos. Pour faire bouger les lignes, pour parvenir à opérer à Barcelone ce qu'Emmanuel Macron a fait en France, il lui faudra convaincre d'autres personnalités et d'autres formations politiques de le rejoindre. L'ancien député français parle avec le Parti socialiste de Catalogne notamment. Sans rassemblement sur sa liste, Manuel Valls n'a aucune chance. Les élections municipales à Barcelone s'effectue en un seul tour et se jouent souvent sur les tractations qui découle du scrutin : c'est la majorité qui s'en dégage qui choisit le maire. Le Français n'a pas encore de programme, mais la ligne du rassemblement semble déjà fixée : inscrire le combat politique local dans la perspective des élections européennes qui auront lieu le même jour. Manuel Valls va faire campagne en faisant de Barcelone un symbole de ces villes monde qu'il souhaite ouverte, forte et influente dans l'Union européenne, et inscrite dans une Espagne unie.

Des cadors pour les municipales de Barcelone

Manuel Valls, certes, a du temps et les dynamiques de campagne ne sont pas encore amorcées. Mais Ciudadanos n'est pas le seul parti à miser sur un poids lourd. Le média barcelonais Equinox relève que ERC va investir Ernest Maragall, l'actuel ministre des Affaires étrangères catalan. Ce cador de la vie politique n'est autre que le frère de Pasqual Maragall, qui fut maire de Barcelone de 1982 à 1997. Et pas n'importe quel maire : il reste comme l'un des plus populaires de la ville, salué pour son travail de transformation de la cité catalane à la fin du siècle dernier. Equinox estime qu'"avec l'arrivée d'Ernest Maragall, ERC plombe encore un peu plus la candidature de Manuel Valls". D'abord parce qu'il s'agit d'un indépendantiste modéré sur lequel Manuel Valls ne pourra pas vraiment calquer des craintes de velléités séparatistes ; ensuite parce qu'il a le profil pour attirer le vote des quartiers populaires, ce même vote qui s'est reporté sur Ciudadanos en décembre dernier.

Manifestement bien organisé, Manuel Valls s'est offert les services de Xavier Roig pour le conseiller dans la campagne qui s'ouvre. il est présenté, dans la presse catalane, comme un homme d'influence, lui qui fut le bras droit de l'ancien maire Pasqual Maragall. Xavier Roig connaît très bien Barcelone et comment se joue l'élection municipale : il a participé activement à faire gagner le frère d'Ernest Maragall à quatre reprises. Manuel Valls peut aussi compter sur le soutien de plusieurs figures éminentes de la société civile, de l'élite économique de la ville soucieuse que Barcelone soit gérée par une équipe dirigeante anti-indépendantiste. Parmi ces personnalités, la nouvelle compagne de Manuel Valls, Susana Gallardo, sera l'une des plus exposées. Cette Catalane de naissance, l'une des plus grandes fortunes de la région, sera sans doute un atout de poids pour le Français, grâce au réseau qu'elle a tissé ces dernières années.

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